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 we are alive, together, my old friend Ҩ bileen

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ash'
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MessageSujet: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:54



Depuis mon arrivée au District treize, j'étais habituée à me lever aux aurores. Mon passage aux Hunger Games a laissé sa trace : j'ai continuellement besoin de bouger, de m'occuper les mains, d'avancer, de me rendre utile, en somme. Je suis incapable de rester en place, encore moins de me laisser dicter ma conduite et d'attendre sagement que d'autres aillent risquer leurs vies pour un idéal commun. On m'a dit que j'étais certainement devenue hyperactive, ce qui n'est pas forcément pour me déplaire. J'ai constamment peur de faire un mauvais choix, de ne pas être assez rapide, assez discrète, de ne pas avoir assez de force ou de détermination pour survivre. Les vainqueurs des jeux endurent-ils la même chose ? Sommes-nous tous traumatisés par cet événement ? Les gagnants, comme les perdants, ceux que les rebelles sont parvenus à ramener à la vie. Cette question m'amène à penser immédiatement à une survivante en particulier. Kathleen Harper. Ma meilleure amie d'enfance. Celle que j'avais considéré dés le début comme une troisième sœur, comme une sœur jumelle même, tant notre relation m'avait semblé fusionnelle. Celle-là même qui, il y a à peine une semaine, a tenté de m'étrangler. Si quelqu'un m'avait dit que, malgré ma mort, survenue cinq ans plus tôt, je retrouverai Kathleen, j'aurai certainement imaginé des centaines, non des milliers, de scénarios pour nos retrouvailles, à mi-chemin entre embrassades et crises de larme intempestives sous le coup de l'émotion. Mais je n'aurai jamais, ô grand jamais, supposé qu'elle se jette sur moi dans le but de m'étrangler ! Était-elle en colère contre moi ? D'être partie aux jeux, de l'avoir abandonnée, d'être morte ? Ou alors d'avoir survécu – ou plutôt d'avoir été ramenée à la vie – et n'avoir pas tenté une seule fois de lui faire un signe pour lui démontrer que j'étais toujours là ?

Sauf que je n'étais pas toujours là. Enfin, moi, si. Billie, non. C'est quelque chose de trop complexe pour être expliqué. Moi-même, j'ai du mal à comprendre. J'étais morte. Morte, genre pour de vrai. Pas comme ceux qui font un arrêt cardiaque et qu'on ranime aussitôt. Pas comme tous ces gens qui assurent avoir aperçu la lumière ; moi, j'étais passée dans la lumière. Et on m'avait brusquement tirée vers l'arrière. On m'avait ramenée à la vie. A moitié, dirai-je. Parce que, j'ai beau respirer, j'ai beau encore entendre mon cœur battre dans ma poitrine, j'étais morte. Ma famille me croit morte. Le District neuf, celui de mon enfance, me croit morte. Le monde entier, à la surface, me croit morte. Billie Sweenage est morte. J'ai toujours pensé ça, dés mes premiers jours de ma nouvelle vie. J'en ai d'ailleurs beaucoup souffert : j'étais complètement perdue. Et ce sentiment d'incompréhension totale, additionné à la rage d'avoir tout perdu, la souffrance d'être loin des miens, tout ça, m'avait poussée dans des crises d'hystérie répétitives lors de ma première année, ici. Aujourd'hui, je vais mieux, évidemment je me suis habituée à la vie dans les sous-terrains du District treize, même s'il m'arrive encore de faire des crises d'insomnie, rien de bien alarmant, cependant. Je pense pouvoir affirmer que Kathleen a réagi de cette manière parce qu'elle était simplement prise au dépourvu : elle a du affronter sa propre mort, quand, tout à coup, on la ramène à la vie et on lui annonce que ça fait près de cinq ans qu'on fait ce genre de chose. Je suis d'ailleurs la première réussite des rebelles quant à ressusciter les tributs morts lors des jeux. Je suis déjà passée par là et j'ose espérer que cette expérience commune parviendra à nous faire rattraper le temps perdu, à retrouver cette complicité qu'on a plus ou moins perdu de vue depuis cinq ans : elle, parce qu'elle me pensait morte et enterrée ; moi, parce que j'ai toujours essayé de penser le moins possible à mes proches qui sont restés au District neuf.

Dans un léger soupir, je pénètre au sein du centre de soins. C'est là que je passe le plus clair de mon temps, quand il ne s'agit pas de m'entraîner ou de m'accorder quelques heures pour dormir. Aspirant à devenir guérisseuse, celui de notre District m'a immédiatement prise sous son aile, dés mon arrivée et m'encourage de plus en plus fréquemment à prendre des initiatives. Désormais, je passe souvent au centre pour apporter le plus de soin possible, tant que ça rentre dans mes compétences ou que je suis supervisée dans le cas contraire. Aujourd'hui, je suis chargée de vérifier si les nouveaux arrivants peuvent être réhabilités. Parmi eux, Kathleen, évidemment. Je ne peux m'empêcher de pousser un second soupir, bien qu'un léger sourire se hisse lentement sur mes lèvres. C'est l'occasion de renouer quelque chose avec elle, elle a beau avoir tenté de me tuer – quelque chose que je n'ai pas encore totalement digérer vu ma rancune tenace, elle reste ma meilleure amie d'enfance et ma sœur de cœur. Je me cache bien de le hurler sur tous les toits, mais je suis heureuse d'enfin retrouver quelqu'un ici, et quitte à revoir une ancienne connaissance, c'est encore mieux s'il s'agit d'un proche. Et qui, à part ma famille, peut s'avérer plus proche que Kathleen. Je pousse lentement la porte de la pièce où se trouve Kath. J'aperçois mon amie à moitié assise sur un de nos lits de fortune. Calepin et stylo en main, j'avance, les yeux rivés sur ma feuille de papier, l'air à la fois concentrée et à la fois totalement indifférente.

« Une douleur particulière quelque part ? » demandé-je, sans prendre la peine de lever les yeux vers elle. Je sens pourtant son regard peser sur moi, et je me demande comment nous faisions, avant, pour engager n'importe quel sujet de conversation, sans sentir un espèce de malaise entre nous. J'espère sincèrement qu'un jour, tout pourra redevenir comme avant, que nous pourrons de nouveau parler de tout et de rien, rire ensemble, et nous considérer comme deux vraies sœurs, fidèles aux meilleures amies que nous avons été. J'attends encore un instant, griffonne son nom et d'autres informations à son sujet, je pose le calepin sur une commode, posée juste à côté et je me penche doucement, à peine, vers elle et l'observe quelques secondes. « Comment te sens-tu ? » Je passe brutalement une main sur mon cou, comme une protection, en référence à notre dernière entrevue – qui s'avère être aussi la première depuis cinq ans, j'affiche un air sérieux, bien que mes yeux trahissent un certain amusement. « Dois-je craindre une autre pulsion meurtrière à mon encontre maintenant que tu t'es remise ? » Je lui offre alors un énorme sourire et, doucement, je m'assois à côté d'elle sur son lit et m'accorde quelque minutes pour l'observer. Je me rends soudainement compte à quel point Kathleen avait pu me manquer. Et je ne peux me départir de mon sourire à l'idée que je l'ai enfin retrouvée.
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ash'
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:55

❝ we are alive, together, my old friend ❞



« Tu n'es qu'une pauvre folle, tu sais ça ? Ton esprit est gangrené, ton corps est brisé, tu n'as même plus le droit d'être appelée un être humain. Une abomination de la nature, voilà ce que tu es pour tous ces gens. Tu sais pourquoi ? Parce que tu es là, à marcher parmi eux alors que tu devrais être six pieds sous terre, en train de nourrir les vers. A ton avis, ils vont te faire quoi maintenant ? Tu penses qu'ils vont supporter tes petits caprices d'enfant encore longtemps ? Dès qu'ils auront obtenus ce pourquoi tu as été sauvée, ils te jetteront aux ordures. Ta vie est terminée, tu n'es plus qu'une ombre, un morceau de viande mouvant. Ils te haïssent tous. Il en sera toujours ainsi, ne cherche même pas à essayer prétendre qu'ils pourront oublier ce que tu es. Espèce de monstre, être abject. » La ferme. La ferme. J'ai beau lui répéter de se taire, de cesser ses discours interminables, la voix est toujours là, encrée dans mon cerveau. Je fais tout pour essayer de la chasser, mais elle revient en permanence. La seule chose avec laquelle je suis d'accord, c'est que mon esprit est gangrené. Par son unique faute. J'ai l'impression qu'elle fait tout pour m'achever, pour me faire lâcher prise. Si seulement je pouvais la chasser. C'est elle qui avait réussi à me persuader que le Capitole avait orchestré tout ça. Le message avant le début des Jeux, la résurrection miraculeuse, tout. Il faudrait être monstrueux pour priver les gens de leur seul et unique droit. La mort. C'est ce qu'ils avaient fait. J'avais pourtant accepter mon sort lors de mes derniers instants. Je m'étais préparée à passer le reste de mon existence dans le néant et pourtant... Je m'étais réveillée bien vivante dans une infirmerie trop lumineuse pour mes rétines, et trop froide pour mon corps meurtri. « Bien vivante ? Tu es sûre de ça ? Idiote, il suffit de te regarder un temps soit peu pour savoir que tu n'es plus qu'une ombre. » Je frissonne. Elle ne me laissera donc jamais ? « Jamais. »

Je suis tirée de mes sombres pensées à l'ouverture de la porte de ma chambre. Qu'est-ce qu'on me veut encore ? Ne suis-je pas censée me reposer ? Comment je peux faire si on vient me voir toutes les cinq minutes ? Faudra m'expliquer ce mystère un de ces jours. Mon cœur se serre quand je vois sa chevelure blonde. Billie. Elle est seule. Pourquoi elle vient me voir ? J'ai essayé de la tuer, j'ai essayer de lui arracher une nouvelle fois la vie, pensant avoir affaire à une créature du Capitole. Une de ces mutations génétique comme ils savent si bien le faire. Je n'avais même pas agis volontairement. Mon corps avait fait ça seul. Sans que je m'en rende compte. Heureusement pour elle, les infirmiers étaient dans le coin quand c'est arrivé, et ils avaient put intervenir rapidement. Je relevais la tête, fixant son visage sérieux quelques secondes, avant de regarder son cou. Il n'y avait plus la moindre trace des ecchymoses que j'avais causées. « Hum. Dommage, j'aimais vraiment bien sa couleur violette, c'était joli. Tu ne trouves pas ? » Je serrais les dents, ignorant ce commentaire stupide. Billie ne me regardais même pas, elle semblait trop concentrée sur son bloc note. « Pas étonnant qu'elle ne t'adresse pas un regard, t'as essayé de l'achever tu te souviens ? Si elle est là, c'est sûrement qu'on l'y a forcée. Qui voudrait avoir envie de te voir ? » Je hais cette voix.

Elle ne m'a toujours pas regardée. Je finis par la lâcher du regard. « Une douleur particulière quelque part ? » je me mords l'intérieur de la joue. J'ai mal au cœur -au sens propre comme au figuré-, j'ai la tête qui va exploser à force d'être squattée par une saloperie de voix, « Hey ! Ton langage jeune fille ! » et mes points de suture me démangent affreusement. « Non... » je murmure en baissant la tête. Elle se penche vers moi, elle me fixe je le sens. « Comment te sens-tu ? » Je relève les yeux vers elle. « Oui Harper, dis lui comment tu te sens. Dis lui à quel point tu aurais préféré rester morte. Allez. » j'entrouvre la bouche pour répondre, mais les mots se bloquent dans ma gorge. J'écarquille de grands yeux quand elle porte ses mains à son cou, avant de les baisser, honteuse. En temps normal, ça m'aurait amusé, mais pas là. J'étais vraiment mal à cause de mon stupide geste. Je gardais les yeux baissés en jouant nerveusement avec le bandage de ma main droite. Celle où on m'avait planté un couteau dès le premier jour dans l'arène. « Dois-je craindre une autre pulsion meurtrière à mon encontre maintenant que tu t'es remise ? » sa phrase fit tilt dans mon cerveau. Je relevais brusquement le regard vers elle, ne voulant pas qu'elle croit une chose pareille. « Non ! » je m'écriais avant de me rendre compte qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie de sa part. Stupide que j'étais. C'était pourtant bien mon genre de faire des trucs pareils. Pourtant... « Je... Désolée. Pardon. » désolée pour ma réaction excessive. Désolée pour mon geste de la dernière fois, désolée pour... Pour tout. « Tu dois me haïr maintenant. » je lâchais dans un rire nerveux. Elle avait bien le droit de toute manière. Après tout, je doutais qu'elle ait souhaité être accueillie comme ça. Surtout par moi. Ca serait tellement plus facile. Je voulais prendre sa main, la serrer et la rassurer comme nous le faisions autrefois, mais j'avais... J'avais peur de la toucher. J'avais peur de lui faire du mal. J'avais peur qu'elle me repousse. J'avais peur... Qu'elle ait peur de moi. Je n'osais même pas la regarder dans les yeux. « Ca me fait plaisir de te revoir... » je murmurais tout de même. Malgré ma réaction peu chaleureuse de la dernière fois, je tenais à ce qu'elle le sache.
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:56



« Une douleur particulière quelque part ? » Je termine de griffonner deux-trois choses sur mon calepin tandis que je l'entends vaguement répondre un faible « Non... » Je me mords légèrement et brièvement la lèvre puis me ressaisis rapidement. En cinq ans, Kathleen n'a pas vraiment changé, physiquement parlant. Je veux dire que, même sans savoir qu'elle était désormais au District treize, je l'aurai reconnue entre mille. Pourtant, dans son regard, quelque chose est différent. Je n'ose pas encore lui demander – j'ai souvent manqué de tact durant mon enfance – parce que je me doute qu'elle a du endurer quelque chose depuis tout ce temps et je ne pense pas que remettre un sujet potentiellement douloureux sur le tapis alors qu'elle doit faire face à sa mort, suivie de son retour à la vie, serait judicieux. Les premiers instants, je n'ai pas même le courage de la regarder dans les yeux, sans doute parce que le souvenir de notre dernière altercation, de ses mains sur ma gorge et de cette lueur étrange qui brillait dans son regard, est encore trop présent. Mais je me souviens qu'avant d'être la fille qui a tenté d'attenter à ma vie, elle est surtout ma meilleure amie. Celle avec qui j'ai tout partagé durant les premières années de ma vie. Ma sœur de cœur. Alors, puisque je me souviens de ça, je me penche enfin vers elle pour lui demander comment elle se sent. Elle relève les yeux et je plonge mon regard dans le sien. C'est la première fois que je regrette autant d'être partie – oh, j'ai toujours regretté mais jamais à ce point – loin pendant cinq longues années et de n'être jamais aller à l'encontre des ordres du District pour avoir tenter de lancer un signe à ma famille et mes amis, leur prouver que j'étais encore là. D'une certaine manière. Qu'on ne nous reverrons. Un jour.

Revoir Kathleen m'insuffle une joie nouvelle et apaise lentement la nostalgie dont je suis victime depuis que je vis ici. Oh, je me sens bien dans les sous-terrains du Treize, on m'a bien accueillie, mais revoir un visage familier est toujours agréable. Surtout quand ledit visage est celui de ma meilleure amie d'enfance. Je pose mes mains sur mon cou et lui demande en plaisantant si elle compte encore chercher à me tuer. Bien sûr, je crois qu'être enfermée ici à longueur de temps a sérieusement influencé mon humour. Je me rends compte lorsqu'elle relève brusquement le regard, l'air effaré. « Non ! » Je l'observe en silence, perplexe. Kathleen n'avait pas l'habitude de se braquer aussi rapidement, la Kathleen dont je me souvenais tout du moins. « Je... Désolée. Pardon. » Je lui souris doucement. J'ai envie de lui dire qu'il est inutile qu'elle s'en veuille, que je comprends. Mais je me tais. « Tu dois me haïr maintenant. », lâche-t-elle dans un rire nerveux. Je fronce les sourcils, assise à côté d'elle, et penche ma tête légèrement, la regarde un bref instant, un sourcil haussé. « Je ne te hais pas, Kath. Je ne te haïrai jamais. », réponds-je en haussant les épaules, comme si ça avait toujours été une évidence. Je me demande même comment elle peut penser ça. Évidemment, je n'ai pas encore oublié cet épisode mais je préfère surtout me concentrer sur le bonheur que nos retrouvailles peut me procurer. Je me tourne brusquement sur le lit, m'assoit en tailleur, face à elle et me saisis de sa main. « Arrête de culpabiliser, je suis passée par là. Je comprends. » Je lui souris de nouveau.

« Ca me fait plaisir de te revoir... » Je serre un peu plus sa main. J'ai l'impression de lentement retrouver ma meilleure amie. Je me demande alors si le fait que nous venons de vivre la même chose – avec cinq ans d'intervalle, certes mais la même chose quand même – ne pourrait pas nous rapprocher davantage. Enfin, je sais qu'elle n'aura pas forcément envie d'en parler – qui aime parler de sa propre mort, après tout ? (enfin qui en a l'occasion, déjà ?) – mais dans le cas contraire, je serai là pour elle. « Moi aussi. J'aurai jamais pensé pouvoir te revoir. » C'était peut-être l'occasion de lui demander des nouvelles du District neuf. Évidemment, le treize savait déjà tout ce qui pouvait bien se passer, mais uniquement sur un point de vue global et par rapport au Capitole. Personne n'était encore venu me dire comment allaient mes sœurs, mon père ou mes amis. J'ignore comment ils vont, excepté Kathleen, bien sûr. Mais j'hésite à lui demander. Et si sa réponse ne me satisfaisait pas ? Si elle avait vécu quelque chose d'atroce pendant mon absence ? J'inspire une bouffée d'air et la vrille d'un regard inquisiteur. « Tu as envie de me parler de quelque chose en particulier ? Je ne te garantis pas de pouvoir comprendre, mais je pourrai toujours essayer. » Je lui souris alors encore une fois – décidément j'étais d'humeur particulièrement joviale en la présence de Kathleen – et entrelace mes doigts aux siens, attendant sagement une réponse de sa part.
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:56

❝ we are alive, together, my old friend ❞


En réalité, j'étais heureuse de revoir Billie. Même très heureuse. Mais je ne pouvais m'empêcher de me trouver monstrueuse de l'avoir accueillie comme ça. « Je ne te hais pas, Kath. Je ne te haïrai jamais. » je secouais la tête, ne voulant pas croire ça. « Elle te mens. Ils te mentent tous. Tu es si détestable. Il faudrait être fou pour te porter un quelconque intérêt. » c'était plus fort que moi. Cette fois, j'étais d'accord avec la voix. Je la regardais, presque paniquée. « Tu devrais. Non... Tu dois le faire. J'ai essayé de te tuer... » Je murmure d'une voix rauque. En fait, c'est plus une affirmation de ma part qu'une quelconque supposition. Je pense que ça me ferait même plaisir d'entendre de sa bouche qu'elle me détestait. Même s'il était improbable qu'elle me le dise un jour. « A moins que tu ne recommences. Tes mains autour de son cou. C'était amusant pas vrai ? Je sais que tu as aimé ça. Et cette fois, vous êtes seules. Le temps que les nounous en blanc n'interviennent, ça sera terminé. Tu auras gagné. » je ne voulais pas l'écouter. Elle m'empêchait de me concentrer. Déjà que d'ordinaire j'avais du mal, ce n'était pas pour être dérangée en permanence par une quelconque entité, fruit de mon imagination. Elle s'assoit en tailleur sur le lit, et me prend la main. J'ai l'impression de me retrouver six années auparavant. A l'époque où on était encore deux gamines insouciantes, et qu'on parlait de n'importe quoi après avoir fait nos devoirs chez moi. A l'époque où on ne craignait pratiquement pas les Jeux. 'On est jeunes, on a pas tant de tesserae que ça. On s'en sortira' qu'on disait. Mon œil ouais. Aucune de nous n'a été épargnée. Je garde les yeux rivés sur nos mains.

« Arrête de culpabiliser, je suis passée par là. Je comprends. » elle me sourit, mais moi je n'y arrive toujours pas. Je souhaiterai tellement le faire. Je souhaiterai lui faire comprendre que... Que sa simple présence me fait du bien, mais les mots, les expressions pour le faire semblent avoir été oubliés par mon corps. Comme s'il m'était à jamais interdit d'avoir un semblant de bonheur dans mon existence. « Pourtant, culpabiliser c'est ce que je fais de mieux. Et toi t'as pas essayé d'étrangler ta meilleure amie. » je bougonne en détournant les yeux. Je suis indigne de recevoir son pardon. Laisse moi Billie. Je t'en pries. Oublies ce que nous avons été, et achève moi. Achève moi ici et maintenant. Je ne veux pas de cette existence à me morfondre. « Oooooh pauvre petite chose, tu me ferais presque verser une larme. » elle m'insupporte. « Moi aussi. J'aurai jamais pensé pouvoir te revoir. » « A qui le dis-tu zombie girl ? » J'affiche enfin un maigre sourire. « Je crois pouvoir affirmer être la plus surprise des deux. Je l'ai vue te planter cette chose dans le cœur... Je... Je t'ai vue rendre ton dernier soupir à l'écran. » je revoyais encore et toujours cette fille, celle qui avait gagné, tuer ma Billie. Je n'ai même pas essayé de l'approcher pendant la tournée des vainqueurs. Je soupire. « Et là c'est mon tour, on me ressuscite, et tu apparais comme ça, je... J'ai osé te prendre pour une de ces abominations du Capitole. » osez me dire que je ne suis pas un monstre. « Je ne fais que ça. Te répéter que tu es ignoble. » « Tu as envie de me parler de quelque chose en particulier ? Je ne te garantis pas de pouvoir comprendre, mais je pourrai toujours essayer. » qu'est-ce que je vais lui dire ? Il s'est passé tellement de choses en quatre ans. « Oh oui, il y a tellement de choses que tu te dois de lui dire. Par quoi tu vas commencer d'ailleurs ? Par t’apitoyer sur ton sort ? Sur la perte de tes parents, de ton frère ? Peut-être qu'alors elle pourra faire semblant d'avoir de la compassion pour toi quand tu lui diras pour son père. A moins que quelqu'un lui ait déjà dit, mais j'en doute. Tu as bien vu comment on te traite ici, pourquoi ça serait différent avec elle ? Elle ne sait rien du monde extérieur, et tout ce qu'elle veut de toi, c'est que tu lui dise que sa famille va bien. Seulement, toi tu sais que ce n'est pas le cas. » Je relève mes yeux humides vers la jeune femme, et la regarde quelques instants avec la bouche légèrement entrouverte. Comment lui dire que son paternel n'était plus ? Elle n'a pas spécialement l'air d'avoir besoin d'entendre un truc pareil. Pourtant je n'ai pas le droit de le lui cacher. Nous nous sommes toujours tout dit, je n'allais pas commencer à lui cacher des choses maintenant. Je me mords la lèvre inférieure, cherchant les mots adéquats. Peut-être pas tout de suite en fait. Il faut d'abord que je me calme. Elle me serre la main, ça me rassure. Elle me sourit, ça me rassure aussi. Si je me mets à parler de son père maintenant, elle va sûrement partir. Et si j'attends qu'elle me demande des nouvelles de sa famille, elle m'en voudra de ne ne pas lui avoir dit. Bordel je sais pas quoi faire. « Tu es une couarde. » C'est vrai. Je suis lâche. Je l'ai toujours été. J'aurai dû me porter volontaire à sa place il y a cinq ans. Au moins, ça m'aurait évité d'assister à la déchéance de ma famille. Entre ma mère qui n'a pas terminé l'année, Nolan qui est parti aux Jeux et mon père exécuté celle d'après, puis mon frère... Je relève les yeux vers elle, et je fixe son visage. Elle sourit toujours. J'essaie d'en faire de même, mais mon geste doit plus ressembler à un rictus ou une grimace. Je lâche sa main, puis me redresse sur le lit en me mettant sur les genoux, et je passe mes bras autour de ses épaules, collant ma joue contre sa nuque et fermant les yeux. J'avais l'impression que ça faisait une éternité que je n'avais été proche de quelqu'un de cette manière. « J'aurai dû y aller à ta place cette année là... » je lui dis d'une petite voix en serrant les dents. De quoi j'ai l'air là ? « D'une faible, voilà de quoi tu as l'air. Tu l'as toujours été, inutile de mentir plus longtemps. » Silence. Je ne bouge pas, j'inspire avant de poursuivre d'une voix étranglée. Ce que je dis n'a même plus aucune cohérence. Tout semble insensé. « Ton... Ton père, il... » je n'ai même pas la force de continuer, je lâche un sanglot. Elle va m'en vouloir de lui dire ça comme ça. Je me hais.
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:56



C'est étrange de voir Kathleen dans cet environnement. De la voir au milieu du District treize. Tout juste ramenée à la vie. À cette pensée, je serre légèrement les poings. Quelqu'un a osé la tuer, et ça, ça je ne le pardonnerai pas, qu'importe qui est le responsable. Il a tué Kathleen, et je ne le pardonnerai pas. Encore moins lorsque je vois cet air hagard qu'arbore ma meilleure amie. J'ai toujours eu horreur de la voir triste ou perdue lorsque nous étions enfants, même si ça n'arrivait que très rarement et pour cause : nous n'avions pas de quoi nous plaindre. Évidemment, j'ai perdu ma mère à l'âge d'un an et nous ne sommes pas nées dans de riches familles pour être épargnées de la misère qui a toujours régné dans les districts, mais on était enfants, insouciantes et on aurait pu tout surmonter, ensemble. Sauf que là, de suite, je me rends compte que Kathleen mettra peut-être du temps avant de pleinement se remettre de tout ce qui vient de lui tomber dessus. Je prie juste pour qu'elle n'ait pas à endurer les crises d'hystérie que j'ai traversé la première année, qu'elle n'ait pas à se réveiller parfois en pleine nuit, encore hantée des souvenirs des jeux. Je lui garantis alors ne pas la haïr, que je ne le pourrai jamais. Parce qu'elle est ma meilleure amie que j'ai envie d'ajouter, sauf que ce ne sont que des paroles superflues : elle le sait déjà. « Tu devrais. Non... Tu dois le faire. J'ai essayé de te tuer... » Ce n'est qu'un murmure et je me rends compte qu'elle manque cruellement d'assurance depuis sa résurrection. Bien sûr, elle doit être perdue. Mais je n'aime pas la voir comme ça. Moi, de mon côté, avoir passé cinq ans loin de tout ce qui a bercé mon enfance m'a changée. Ma mort m'a poussée vers la maturité. Je ne réagis plus comme une enfant, je me sens adulte, totalement. Pas une adulte de dix-huit ans. Mais une vraie adulte. Sauf que là, une vraie adulte se contenterait de paroles profondes, de mots rassurants mais je sais que Kathleen est quelqu'un de bien trop entêtée pour se contenter de gentiment hocher la tête et de comprendre que j'ai raison, qu'elle était encore sous le choc et que ce n'est pas de sa faute, c'est trop demandé pour elle. Alors, je lui souris effrontément et hausse doucement un sourcil. « Qui te dit que je t'aurai laissée faire ? J'ai progressé, moi aussi, depuis cinq ans. » En réalité, j'ignore si j'aurai été capable de me dégager de son emprise, si personne n'était intervenu. Peut-être qu'elle m'aurait tuée, mais je préfère me persuader du contraire, faire comme si elle n'avait eu aucune chance et que, si personne n'était arrivé dans la minute, je me serai moi-même sauvée de ses mains quasi-meurtrières.

J'aimerai faire un brutal retour en arrière, un retour de cinq-six ans. Du temps où nous n'étions que des enfants et où nous discutions de tout et de rien, en se pensant à l'abri des jeux, parce qu'on était jeunes et insouciantes. Parce qu'on avait toujours pensé qu'à nous deux, on était invincibles. Malgré tout, elle continue de se tenir pour entière coupable je lui assure que ce n'est pas le cas, et que je comprends pour avoir vécu la même chose cinq ans plus tôt. « Pourtant, culpabiliser c'est ce que je fais de mieux. Et toi t'as pas essayé d'étrangler ta meilleure amie. » Je lève légèrement les yeux au ciel bien qu'un sourire nait au coin de mes lèvres. « T'as pas changé, toi. » Tant mieux, pourrai-je rajouter mais au vu de sa sale manie de s'auto-culpabiliser, je ne pense pas que ce serait la bonne chose à dire. « Je n'ai pas étrangler ma meilleure amie parce que je n'avais pas d'amis, ici, je marque alors une courte pause. Je suis la première que les rebelles ont réussi à... ressusciter. Par contre, moi j'ai fait plein de crises d'hystérie et j'ai cassé beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Ça compte ça aussi, non ? » Elle a détourné les yeux et ça me fait un petit pincement au cœur : j'ai toujours eu horreur de voir les gens auxquels je tenais dans un tel état et depuis mon arrivée au treize, j'avais réussi à faire plus ou moins abstraction de ça, mais le retour de Kathleen me renvoie brutalement cinq ans en arrière et me rapproche un peu trop de l'ancienne Billie. Celle qui est morte dans l'arène. Et c'est étrange de sentir cette même Billie s'éveiller lentement, alors que je n'ai eu de cesse de la repousser. La repousser pour devenir quelqu'un d'autre. Pour ne pas avoir à affronter toutes les tourmentes qu'elle aurait vécu. J'ai réussi, à moitié. Jusqu'à présent. Parce que la présence de Kathleen complique tout, mais je n'irai pas m'en plaindre, jamais.

« Je crois pouvoir affirmer être la plus surprise des deux. Je l'ai vue te planter cette chose dans le cœur... Je... Je t'ai vue rendre ton dernier soupir à l'écran. » Je grimace légèrement à l'évocation de cet épisode. « Ne m'en parle pas, j'en garde une horrible cicatrice... » Je lâche ça dans un soupir exagéré, sur le ton de la plaisanterie mais, les premiers mois, voir cette même cicatrice maculer ma peau me révulsait et me donnait envie de vomir. Sur ces mots, je relève légèrement mon tee-shirt pour lui montrer ladite cicatrice. En fait, je vois plutôt ça comme un geste symbolique. Ce n'est pas ma cicatrice à proprement parler que je lui montre. Mais ma mort. Ma mort à laquelle j'ai survécu. Étrange, n'est-ce pas ? On ne survit pas à la mort. On y échappe, à la limite. Mais quand elle nous choppe, c'en est fini de nous, techniquement. Kathleen et moi sommes deux exceptions. Deux exceptions parmi quelques unes. Je lui montre ma mort qui s'est ancrée dans ma chair pour lui montrer que je me suis relevée malgré tout, que je continue d'avancer et que, bientôt, elle en fera de même. Parce qu'elle a toujours été forte. Je préfère plaisanter sur ce sujet parce que j'imagine la douleur dont elle a du être victime au moment où elle m'a vue mourir. Je n'ose pas même imaginer si les rôles avaient été inversés dans quel état j'aurai été. Un vrai légume, surement. Sans aucun doute. Je me demande même si j'y aurai survécu. Voir Kathleen mourir, ça aurait été laisser une partie de moi mourir aussi. « Et là c'est mon tour, on me ressuscite, et tu apparais comme ça, je... J'ai osé te prendre pour une abomination du Capitole. » Elle soupire et je me mords la lèvre. Je ne veux pas qu'elle culpabilise. Je ne veux pas qu'elle se voit comme une abomination. Elle n'est pas une abomination. Je le sais. Je la connais. Par cœur. Mais, comme je la connais, je me doute que j'aurai beau le lui dire, elle sera persuadée du contraire. Alors, je préfère lui laisser du temps. Le temps... C'est la seule chose qui pourra l'aider à surmonter ça. Elle pourra oublier – ou du moins cesser d'y penser constamment – sa mort avec le temps. Alors, je lâche d'une voix presque outrée, sans vraiment l'être, simplement pour qu'elle cesse de continuer de culpabiliser : « Une abomination du Capitole, moi ? Est-ce que j'ai les cheveux verts, des joyaux incrustés dans la peau ou des moustaches de chat ? » Je n'ai pas tellement envie de plaisanter, de jouer à celle qui semble tout prendre à la légère, surtout pas avec Kathleen. Mais je sais que moi, j'aurai eu besoin de quelqu'un qui fasse ça avec moi. Quelqu'un qui fasse semblant de ne pas saisir toute l'ampleur de ce que j'avais vécu, pour dédramatiser la situation, pour que je dédramatise à mon tour. J'aurai eu besoin de quelqu'un comme ça, quelqu'un qui serait déjà passée par là, quelqu'un qui aurait déjà vu la lumière et serait passé de l'autre côté. Non pas pour parler à cette personne, mais pour voir dans ses yeux qu'elle me comprenait. Qu'elle savait tout ce que j'avais du endurer. Qu'elle était là si un jour j'avais besoin d'être comprise. À défaut d'avoir eu une telle personne, je voulais l'être pour Kathleen.

J'essaye alors de changer de sujet, de rattraper un peu le temps perdu et aussi, je l'avoue, d'avoir des nouvelles du District neuf, de nos amis, sa famille et la mienne. J'ai besoin de savoir que mon père, Rumer et Avalon vont bien. Qu'ils ont surmonté ma mort, qu'ils ont réussi à survivre à tout ça, qu'il leur arrive même d'évoquer quelques moments passés ensemble sans éclater en sanglots la seconde d'après. J'ai besoin de savoir que ma famille va bien. Pour continuer d'aller bien. Enfin, bien, c'est peut-être un grand mot, mais c'est le seul mot qui me vient à l'esprit. Je suis plus ou moins bien, ici, au Treize. J'ai des amis, et je les considère un peu tous comme ma famille. Sauf que ma vraie famille est loin de moi et que j'ignore totalement comment ils vont depuis ces cinq dernières années. J'ai besoin de savoir qu'ils vont bien... Non, en fait, j'ai surtout besoin de connaître la vérité. Lorsque Kathleen relève son visage vers moi, j'avise, perplexe, ses yeux humides. Puis, mon cœur rate un battement. Qui ? Sa famille, la mienne ? Rumer, Avalon ? Papa ? J'ai peur, peur qu'elle me dise que non, tout ne va pas bien, plutôt le contraire même. Son regard me mettrait presque mal à l'aise si je ne la connaissais pas. L'attente me comprime la poitrine. Elle se mord la lèvre inférieure – un tic que nous avons toujours eu en commun – et j'esquisse un sourire, tentant vainement de faire comme si je n'avais pas compris. Comme si j'ignorais qu'elle s'apprête à me dire que l'un de nos proches était parti. Parti, genre vraiment parti. Pas comme nous qui avons eu la chance d'être ramenées. Elle tente de me rendre mon sourire mais avec ses lèvres tremblantes et ses yeux humides, ce sourire n'annonce rien de bon. Elle lâche soudainement ma main, je me retiens de la reprendre aussitôt parce que j'ai besoin d'elle si je dois affronter la mort d'un de mes proches. Et, comme si elle m'avait comprise, elle se met sur les genoux, face à moi et passe doucement ses bras autour de mes épaules. Je la laisse faire dans un premier temps. Mais j'ai l'impression de ne pas être assez proche, à mon tour je l'enlace doucement, passant mes bras autour de sa taille et je respire lentement tandis que son souffle vient effleurer lentement ma clavicule. « J'aurai dû y aller à ta place cette année là... » Ma respiration se bloque un instant, mon cœur manque un battement. Je ferme doucement les yeux, sentant d'ores et déjà des larmes brouiller ma vue. J'esquisse un sourire, mais celui-ci, je le sais, est totalement déformé par la souffrance qui va m'assaillir dans les prochaines minutes. Je murmure, la voix étranglée et déjà brisée : « Je ne t'aurai jamais laissée y aller, tu le sais... Je ne me le serai jamais pardonnée si tu avais pris ma place et... et que je t'aurai vue mourir. »

Elle ne bouge pas d'un centimètre, moi, j'arrive encore à m'empêcher de trembler comme une feuille. J'ai peur. Plus peur encore que lors des Hunger Games. J'ai peur d'apprendre que je me suis battue pendant cinq ans pour rien, que j'ai toujours cherché à survivre pour retrouver ma famille qui a déjà rejoint ma mère, il y a plusieurs années. J'ai peur de découvrir qu'ils n'ont pas été suffisamment fort pour surmonter ma mort, qu'ils sont partis en croyant me rejoindre... J'ai peur. Alors je serre un peu Kathleen contre moi, parce qu'à cet instant précis, elle est la seule chose de mon passé qui me semble réelle. Kathleen est tout ce qui me rattache à la réalité, à la vie, c'est mon rocher tandis que je pars doucement à la dérive. Je m'accroche à elle, presque désespérément, parce que j'ai besoin d'elle plus que de n'importe quoi d'autre sur cette terre. Il y a un silence. Puis, je la sens soupirer contre moi et j'entends pas sa voix. Je comprends seulement parce que la douleur m'assaille de part en part. « Ton... Ton père, il... » Mort. Mon père est mort. Je l'entends sangloter à côté de moi, je n'ai pas encore la force de pleurer. Pour ça faudrait-il déjà que j'accepte de pleurer, que j'accepte la mort de mon père. Mort. Je suis orpheline. Je n'ai plus de père. J'ai imaginé des retrouvailles entre mon père et moi. Des retrouvailles avec un cadavre. J'ai mal. Mon père est mort. Horrible litanie, incessant requiem, ritournelle insupportable. Ces quatre mots tournent inlassablement dans ma tête. Je pense à Rumer et Avalon. En vie. Seules. Sans mère. Sans père. Sans sœur. Trois pertes à encaisser. Trop deuils à faire. Et survivre à deux. J'entends une voix parler, chuchoter plutôt, d'une voix étranglée, entrecoupée par des sanglots. Je mets du temps avant de me rendre compte qu'il s'agit de ma propre voix. « Il est mort en croyant que... que je l'étais, moi aussi. Il est mort en étant persuadé qu'il avait enterré sa fille. Je... je... » Dire à voix haute que mon père est mort me force à ouvrir les yeux : cette douleur, c'est celle d'une enfant qui doit renoncer à son père. Cette douleur, c'est la mienne parce que mon père est mort. Je m'en rends compte, alors je pleure. Je sens mes épaules tressauter, mais Kathleen ne bouge pas. Je la serre contre moi, presque assez fort pour l'étouffer, ma main droite s'agrippe de toutes ses forces à son tee-shirt tandis que la droite vient balayer toutes les larmes qui tracent leurs sillons sur mes joues, sauf que des nouvelles viennent toujours prendre leurs places.

J'ignore combien de temps passe ainsi, nous deux enlacées, moi versant toutes les larmes de mon corps, murmurant des mots incompréhensibles, m'accrochant encore et toujours à Kathleen. Soudain, je sens mes mains lâcher doucement Kathleen, je garde cependant mes bras autour d'elle, je me tais un instant, j'observe le mur face à moi dans un silence presque religieux. J'ai essuyé mes dernières larmes d'un revers de main tremblant, je crois avoir passé la douleur insupportable de la perte, et je me dis qu'il ne me reste plus que le deuil. Continuer de vivre en sachant que je ne reverrai plus jamais mon père. Mais je pense à mes sœurs. Elles sont toujours en vie. Je le sais. Kathleen me l'aurait dit dans le cas contraire. Kathleen ne m'a jamais rien caché. On s'est toujours tout dit. Jamais de secrets entre nous. Et ça me rassure de voir qu'elle n'a pas changé. « Merci... » Ce n'est qu'un murmure brisé, à l'instar de mon cœur. Ce n'est qu'un petit mot, chuchoté d'une voix étranglée par les sanglots qui m’étreignaient encore quelques instants plus tôt. Ce n'est qu'un petit mot qui ne veut presque rien dire, sauf que pour moi, au contraire, ça veut tout dire. Merci d'être là aujourd'hui, merci de m'avoir dit la vérité, merci d'avoir enduré je ne sais combien de temps pour me laisser le temps de me calmer, merci de ne pas avoir changé. Merci d'être toi, surtout. J'attends quelques instants, le temps de sentir de nouveau mon cœur battre contre ma cage thoracique. J'ai l'impression d'être morte une seconde fois, morte en apprenant que mon père n'était plus. J'ai l'impression d'être morte entre l'instant où elle m'a dit pour mon géniteur et maintenant. À présent, je revis de nouveau, j'ai chuté mais je continue d'avancer, qu'importe que je ne fasse que ramper à terre, je dois avancer. Sauf qu'avoir pleurer, avoir abandonné la vie quelques instants, tout ça me donne l'impression d'être une immonde égoïste. Je lâche doucement Kathleen et pose mes mains sur ses épaules, je me recule légèrement, assez pour enfin revoir son visage. J'espère avoir effacé les dernières traces de larmes. J'ai toujours eu horreur de pleurer en public ou en présence de quelqu'un. Je plante mon regard dans le sien et je ne peux m'empêcher de demander, la voix toujours plus basse que d'ordinaire : « Et toi ? » et toi, qu'as-tu vécu depuis, qu'as-tu enduré, qui as-tu perdu ? « Raconte-moi. » Je veux être là pour toi. Parce que nous sommes toutes les deux en vie, ensemble.
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:57

❝ we are alive, together, my old friend ❞


« Qui te dit que je t'aurai laissée faire ? J'ai progressé, moi aussi, depuis cinq ans. » je me mords la lèvre inférieure, consciente que mon geste l'a blessée autant physiquement que moralement. Ca m'aurait brisé le cœur si ç'avait été elle qui m'avait sauté dessus. Littéralement. « Elle t'aurais tuée. C'était elle ou toi. Ce n'était qu'un vil test, tu le sais. Tu vois, elle te le reproche, d'être restée en vie plus longtemps qu'elle. C'est un message pourtant clair non ? Il veut dire qu'en cinq ans, elle a pu s'entraîner, elle a pu se préparer à ce genre de confrontation. Elle n'était pas prête dans l'arène, et ça lui a coûté la vie. » Et moi j'aurai eu ma chance peut-être ? « Sans doute pas, mais ta précieuse Billie aurait été avec sa famille. » je ne me supporte plus. « T'as pas changé, toi. » J'affiche un léger rictus amusé. « Non tu n'as pas changé. Tu es juste un peu plus tarée qu'il y a cinq ans, mais à part ça tout va bien. Si tu lui parlais de moi ? Pour lui montrer à quel point elle se trompe ? Non bien sûr. Tu ne le fera pas. » elle a l'air d'être restée la même. Elle a l'air. Peut-être qu'il ne s'agit que d'une apparence, d'un masque, mais elle donne l'impression d'aller bien. J'espère qu'un jour, moi aussi je pourrai prétendre aller bien. Mais c'était loin d'être gagné. « Je n'ai pas étrangler ma meilleure amie parce que je n'avais pas d'amis, ici. Je suis la première que les rebelles ont réussi à... ressusciter. Par contre, moi j'ai fait plein de crises d'hystérie et j'ai cassé beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Ça compte ça aussi, non ? » j'esquisse un bref sourire. Je la reconnais bien là. Réussir à me faire rire même dans les pires moments de ma vie. D'ailleurs, elle valait bien toutes les thérapeutes du monde. « J'ai l'impression que je suis partie pour battre ton score. Je leur ai déjà explosé un moniteur médical. » je ricane. Le fameux jour où je me suis réveillée, dans cette même chambre. J'ai hurlé sur cette Miléna -je la déteste- j'ai balancé le moniteur par terre. Et depuis ce temps là, je suis infecte avec tout le monde. Je ne veux voir personne. Personne qui se trouve au treize en tout cas.

J'ai l'impression que j'ai touché un point sensible. Quelque chose dont elle ne veut pas particulièrement parler. Elle grimace, et j'en fais de même. Stupide, je suis stupide. « Idiote même. » qui pourrait bien avoir envie d'entendre parler de sa propre mort ? On ne peut pas dire qu'il s'agisse là d'une expérience agréable. « Ne m'en parle pas, j'en garde une horrible cicatrice... » je la regarde relever son vêtement pour me montrer sa cicatrice. A l'endroit même où elle avait reçu le pieux. Je lève une main fébrile, et viens effleurer la marque du bout des doigts comme pour m'assurer qu'elle soit bien là. J'ai encore tellement de mal à me faire à l'idée que tout ça soit... Réel. J'ai peur d'être en plein cauchemar. J'ai peur que l'apparition de Billie ne soit qu'une bref pause apaisante avant une nouvelle vague de souffrance. Je dessine la cicatrice du bout de l'index, sans la lâcher des yeux. C'est la vérité. Tout ça est bel et bien en train d'arriver. « Encore une chose qu'on aura en commun j'ai l'impression. » dis-je en esquissant l'ombre d'un sourire. A mon tour, je lève mon t-shirt pour montrer ma blessure. Pour ma part, j'ai encore les points de suture, et elle est encore un peu rouge. Un coup de couteau au cœur. Je pourrai montrer l'autre cicatrice que j'ai dans le bas du dos, mais je remets bien vite mon vêtement en place. Je n'allais pas non plus lui faire l'inventaire de tous mes bobos dans l'arène, on avait bien d'autres choses à se raconter. « Une abomination du Capitole, moi ? Est-ce que j'ai les cheveux verts, des joyaux incrustés dans la peau ou des moustaches de chat ? » je lâche un rire étouffé. Quelle andouille. Je secoue la tête en levant les yeux au ciel. Je fronce les sourcils et penche légèrement la tête sur le côté, prenant un air soudainement sérieux. « Je suis sûre que les moustaches t'iraient bien. » dis-je en essayant de l'imaginer avec des moustaches de chat. Ca a l'air tellement stupide. « Tu es stupide. »

Je l'enlace, elle me rend mon étreinte. Je calque ma respiration sur la sienne. Elle m'a manquée. Ce genre de contact m'a manqué. Je ne veux plus la laisser partir. Plus jamais. Je lui dis ce que j'ai sur le cœur, faute d'avoir le courage de lui avouer pour son père. J'élude sa question. Je ne veux pas qu'elle souffre. « Je ne t'aurai jamais laissée y aller, tu le sais... Je ne me le serai jamais pardonnée si tu avais pris ma place et... et que je t'aurai vue mourir. » sa voix est bizarre. Je souris dans son cou. J'ai besoin d'elle. J'ai besoin de sa présence. J'ai l'impression d'être une droguée en état de manque, qui recevrait sa dose. « Tu penses que je t'aurai demandé ton avis ? Sérieusement ? » je soupire sans broncher. Mais à quoi bon en parler, on ne peut changer le passé. J'aimerai tellement avoir ce pouvoir. Réparer une seule de mes erreurs et arrêter de culpabiliser pour tout. Elle me serre plus fort contre elle, elle sent que le pire est à venir. J'ai une boule au ventre à la simple idée de devoir lui parler de son père. Je me lance. C'est sans doute une erreur. Je ne devrai pas. J'ai mal. Mal pour elle. « Il est mort en croyant que... que je l'étais, moi aussi. Il est mort en étant persuadé qu'il avait enterré sa fille. Je... je... » les larmes roulent sur mes joues. Je sens qu'elle pleure aussi. C'est ma faute. Je l'ai faite pleurer. Je suis ignoble. Je la serre contre moi, je pleure en silence, elle s'agrippe à mon t-shirt et me serre plus fort que jamais. J'ai peur. Peur qu'elle me laisse. Reste avec moi Billie. Ne me laisse pas seule. « Il est resté fort... Il est resté fort pour tes sœurs. Ce... C'était un accident. A la chasse. Je sais pas ce qui s'est passé. » je murmure d'une voix presque rauque en lui caressant les cheveux. J'ai l'impression que les rôles s'inversent le temps d'un instant. Je suis dans le rôle de la bouée, et elle de la naufragée. Je m'en veux. Je me tais. Nous restons là, accrochés l'une à l'autre. Elle murmure des mots que je ne comprends pas. Je ne la lâche pas. Je ne m'en s'en pas capable. Combien de temps a passé ? Combien de litre de larmes avons nous versé ? Je sens ses mains lâcher mon vêtement. Je suis effrayée. Ca y'est, elle va partir. Non, elle reste contre moi. Je ne comprends pas ce qui arrive. « Merci... » pourquoi merci ? Je viens de t'annoncer la mort de ton paternel. Je n'ai rien fait pour mériter un merci. « Elle te hait de lui avoir dit. Ne crois pas le moindre de ces mots. » je secoue la tête, me concentrant sur l'instant présent. « Pardon. » Je lui murmure entre deux sanglots. Je m'excuse encore une fois. Je passe mon temps à ça. Pas en temps normal. Mais depuis que je suis ici, je m'excuse à tous bouts de champs.

« Et toi ? » moi ? Je n'ai pas envie d'en parler. Non, vraiment pas. « Oui Harper, racontes lui donc tes misères. Racontes lui ta vie pathétique. Dis lui à quel point tu l'as enviée d'être morte. Dis lui à quel point tu aurai voulu être à sa place. Mais tu étais bien trop attachée à ta misérable existence pour te porter volontaire, et pour ça, tu as été punie. Sieur Destin a jugé bon de te faire payer ta couardise. Il a eu raison, c'était mérité. Tu le sais. Moi je le sais en tout cas. Je peux la sentir, ta culpabilité. Elle suppure par tous les pores de ta peau. Tu t'en veux et c'est parfait. Expie donc ta faute. Laisses la te ronger. » je me mords de nouveau la lèvre. « Raconte-moi. » s'il te plaît n'insiste pas Billie, tu dois déjà faire le deuil de ton père, j'ai pas envie de t'accabler avec mes propres démons. « Par où tu vas commencer ? Ton cher petit frère ? Ce petit être abject ? Tu étais bien trop attachée à lui, tu devrai savoir que dans ce bas monde, on ne s'attache pas aux gens de la sorte. Ils finissent par devenir des faiblesses. Et pour le peu qu'on te les arrache, ces êtres si précieux, ils laissent un vide en toi. Combien en as-tu de ces trous béants ? Plus que ce qu'un être humain normal pourrait supporter. Tu vois où je veux en venir ? Tu n'es pas normale. Oh. Mais tu pleures ? Dans ce cas continue. Continue et noie toi dans tes larmes. Étouffes toi avec. Laisses les te submerger. » Non je ne pleure pas. Je n'en ai plus la force. Je hais le Capitole pour ce qu'il nous a fait. Je hais le district treize pour m'avoir ramenée. Je hais cette pièce qui est trop étouffante. Je hais Billie pour être là aussi. « Tu n'oublies personnes ? » Je me hais pour ma stupidité. « J'ai plus personne qui m'attends là-bas... Le peu de chance que j'avais semble avoir disparu en même temps que toi. » je dis en haussant les épaules d'un air presque nonchalant. « Ho pauvre petite chose. » je passe une main dans mes cheveux, et cherche comment formuler mes mots. « Tu te souviens que ma mère était malade ? Elle pas passé l'hiver faute de médicaments. » ma mère. La seule qui avait eu droit à une mort 'privée'. Aucun spectateur pour assister à sa déchéance. Mon père m'a dit qu'elle est morte durant son sommeil, que ça a été paisible. Je veux croire ça, même si je sais que c'est encore loin de la réalité. Je me souviens encore de ses quintes de toux terribles, et du sang qu'elle crachait parfois. « Vous étiez un sacré fardeau pour elle, ton frère et toi. Elle se saignait aux quatre veines pour vous, et vous n'avez même pas levé le petit doigt quand elle est tombée malade. » J'ai essayé de l'aider. J'ai essayé, de toutes mes forces. « Menteuse. Si tu l'avais fait, elle serait toujours de ce monde. Elle serait toujours de ce monde et tu le sais. Tu aurais pu demander à ton cher Nolan. Quelques médicaments, ça ne lui aurait pas coûté un bras. Ou tu aurais pu aller voir ces Pacificateurs et leur échanger ce qu'ils voulaient contre quelques pièces. Ne mens pas, je sais que tu y a pensé. Faire comme ces filles dans le besoin. Je parie que le vieux Grimes aurait payé cher pour avoir une petite comme toi dans son plumard. Tu vois, quelques solutions simples. A la place de quoi, tu as préféré garder ta dignité et la laisser agoniser. Tu es cruelle Kathleen. » un frisson de dégoût me parcourt l'échine. J'avais effectivement envisagé de me rendre chez le vieux Grimes pendant un moment. Le chef Pacificateur de l'époque. Il payait des jeunes filles pour leurs bons services, et j'avais entendu dire qu'il les aimait jeunes. Quel taré. « Les Jeux d'après, c'est Nolan qui a participé. Il... Il a gagné. Mais... » mais plus rien n'a été pareil après ça. Nouveau haussement d'épaule. « Oh oui Nolan. Parles lui donc de ton petit copain le blondinet. Il te déteste aussi tu sais ? S'il tenait à toi, vous auriez pu être heureux tous les deux. Quand je te dis que personne ne t'aime. » je me mords si fort la lèvre inférieure qu'elle se met à saigner. Le goût métallique se répand dans ma bouche, tandis que je lâche un petit rire amer, me moquant de ma propre stupidité. Nolan, mon meilleur ami, celui pour qui je me serai donnée corps et âme. A l'époque, il me semblait avoir confié mon béguin pour le fils du couple de la clinique à Billie. J'inspire, continuant ainsi mon récit. « L'année d'après c'est papa qui... Ils l'ont exécuté sur la place publique. » je revoyais encore son visage boursouflé à cause des coups, la séance de coups de fouet. La balle dans sa tête. « Lui n'était qu'un égoïste. Il n'a même pas pensé à ses pauvres enfants. Qui allait s'occuper de toi après son départ ? Dans le fond, tu ne lui a toujours pas pardonné cette trahison. Tu lui en veux de ne pas avoir été à la hauteur. Tu lui en veux de vous avoir abandonnés. » Non. Mon père est un héros. Il est mort pour ce en quoi il croyait. Il est mort avec l'espoir qu'un jour ses enfants puissent vivre dans des conditions meilleures. Certes, c'était un doux rêveur. Mais sans rêves, pas d'espoir. Il a donne de l'espoir à certaines personnes. Du moins je l'espère. Moi, il m'en a donné en tout cas. « Et l'an dernier... » j'inspire douloureusement, me préparant au mieux à continuer. « Ils ont... C'est Jeremiah qui... Il a été tiré au sort. Il est parti aux Jeux sans que je puisse intervenir. » Jeremiah, mon frère cadet, la prunelle de mes yeux, celui pour qui j'aurai fait absolument n'importe quoi. J'aurai tout abandonné, j'aurai donné ma vie pour le sauver, pour l'empêcher de partir aux là-bas. Mais mes prières sont restées vaines. Sur tous les niveaux. Je regardais droit devant moi, le regard vide, inexpressif. Je n'arrivais même plus à pleurer ma propre famille. « Jeremiah, Jeremiah... Toujours à parler de lui. Toujours à te morfondre sur son sort. Tu as raison de t'en vouloir. Après tout, si tu avais été un temps soit peu compétente, tu aurais pu faire quelque chose. Plutôt que de jouer les écervelées et de t'élancer dans les Pacificateurs tête baissée. » j'inspire longuement, puis soupire. Je concentre de nouveau mon attention vers elle, et j'affiche un sourire -un vrai sourire- pour la première fois depuis le début de cette entrevue. « Tu vois finalement, j'aurai pas manqué grand chose si j'étais partie à ta place. » je ricane en essuyant ma lèvre ensanglantée d'un revers de main. J'ai tellement honte de moi. « Si tu y été allée cette année là, tous ceux que tu aimes seraient peut-être encore en vie. Les parents de Nolan se seraient occupés de ta mère, par pitié sans aucun doute. Ton père ne se serait pas lancé dans cette rébellion futile et pour ton grand dadet de frère... On en sait rien. Peut-être même que papa Sweenage ne se serait pas fait bêtement tué dans un stupide accident de chasse. Il aurait été plus vigilant sachant que sa précieuse fille était toujours en vie. Tu vois Harper ? Tu les a tous tués au final. C'est entièrement de ta faute. Ta faute et ton geste égoïste. Et tu vas vivre avec ça jusqu'à la fin de tes jours. » J'allais finir par la croire.
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:57



J'ai du mal à ne pas me replonger dans notre passé, en voyant Kathleen – la Kathleen que je connais et pas celle qui a tenté de m'étrangler – juste en face de moi, à seulement quelques centimètres. L'espace d'un instant, j'ai l'impression d'être de nouveau une gamine de treize ans persuadée d'avoir toute la vie devant elle, riant pour un rien, et sûre que les Hunger Games ne lui tomberont jamais dessus. Une gamine heureuse et naïve, naïvement heureuse. Le bon vieux temps, dirai-je. Le temps où Kathleen et moi aimions passer des journées entières ensemble, à parler et rire de tout et de rien et où notre amitié semblait nous protéger de tous les malheurs du monde. Je ne peux m'empêcher de plaisanter avec elle, parce que c'est exactement ce que nous faisions, avant. Avant que je ne sois moissonée, avant que je parte pour les Hunger Games, avant que je ne meure là-bas, avant qu'on ne soit séparée pendant près de cinq longues années, avant tout ça. Et, alors que je ne suis pas encore tout à fait remise de nos retrouvailles, je n'ai envie que d'une chose : retrouver cette complicité d'autrefois. Oh, il me suffit de la voir, de nous voir pour comprendre que nous sommes encore proches. Mais j'ai besoin d'être encore plus proche d'elle, j'ai besoin de ma meilleure amie, de celle que je considérais comme ma sœur et je sais que je vais très bientôt la retrouver. Le temps pour Kathleen de passer ce cap d'habilitation à la vie du District treize, de comprendre qu'on ne lui veut aucun mal et d'accepter – du moins en partie – cette nouvelle vie qui s'offre à elle le temps que le Capitole soit renversé. En tout cas, je peux affirmer sans l'ombre d'un doute qu'elle est toujours aussi butée et qu'elle a encore cette fâcheuse manie de culpabiliser pour des choses dont elle n'est pas responsable. Mais, plutôt que m'exaspérer, ça me rassure : j'ai le temps d'entrevoir la Kathleen et la Billie de treize ans à chaque fois que je reconnais l'une de ses réactions. Aussi, quand elle sourit au moment où je lui avoue avoir fait de nombreuses crises d'hystérie et avoir cassé plus de choses que je ne pourrai en compter, mon cœur se gonfle d'une certaine satisfaction à l'idée d'être encore capable de la faire rire – ou esquisser un sourire tout du moins – même dans ses périodes de déprime. « J'ai l'impression que je suis partie pour battre ton score. Je leur ai déjà explosé un moniteur médical. » Je fais la moue et place mes deux mains devant moi, signe d’abdication. « C'est bon, j'ai compris. Je m'avoue vaincue... pour cette fois. »

La discussion dérive jusqu'à ma participation aux jeux, je ne peux retenir une grimace à cet épisode. La plupart des habitants du Treize ont eu assez de tact pour ne pas me harceler de questions à propos des Hunger Games. Tant mieux, je n'aime pas en parler et c'est assez compréhensible. Mais, avec Kathleen, je sais que ça peut être différent. De un, parce qu'il s'agit de ma meilleure amie. De deux, parce qu'elle et moi, on s'est toujours comprise en un rien de temps. Et de trois, parce qu'elle vient de vivre la même chose. Évidemment, si je suis plus ou moins prête à parler de ça, je devine que ce n'est pas son cas. J'ai mis des mois entiers avant de ne plus faire des crises d'hystérie ou d'avoir quelques pertes de mémoire. Aujourd'hui encore, je suis devenue légèrement insomniaque et, si je parviens à m'endormir, il m'arrive de faire des cauchemars. Les Hunger Games, à l'image de ma cicatrice, sont ancrés en moi, dans ma peau et, pire encore, dans mon esprit. Je me doute que, aussi forte soit-elle, Kathleen ne pourra pas se remettre de ces évènements aussi rapidement. Je lève alors mon tee-shirt pour lui montrer ladite cicatrice, celle que le pieu qui m'a transpercé la poitrine a laissé. Elle lève doucement la main et vient l'effleurer du bout des doigts, les yeux rivés dessus, un étrange frisson me parcourt l'échine lorsque son index entre en contact avec ma chair. C'est la première fois que quelqu'un d'autre que moi-même touche ma cicatrice. « Encore une chose qu'on aura en commun j'ai l'impression. » Le début d'un sourire vient étirer lentement, à peine, la commissure de ses lèvres. À ces mots, elle relève à son tour son tee-shirt et je tente de contenir la colère qui s'empare de moi lorsque mes yeux se posent sur sa blessure : rouge, les points de suture encore présents, située à l'endroit précis où se trouve son cœur. Je fronce les sourcils et j'ai envie d'attraper celui qui a osé lui faire ça. Je ne baisse pas mon regard sur ma propre poitrine parce que je sais d'ores et déjà que c'est faux, mais j'ai l'impression que ma propre blessure, celle qui date de cinq ans, s'ouvre de nouveau à la vision de la sienne. Eelle rabaisse son tee-shirt, mais je n'arrive toujours pas à détourner mon regard, comme si je parvenais à voir à travers son vêtement, voir sa blessure, voir ses souffrances, voir sa mort. Kathleen est morte. Je suis morte. L'air concentré, les yeux encore et toujours rivés sur son cœur, je commence très sérieusement. « Les mecs avec des cicatrices plaisent aux femmes. » Mes yeux remontent tout doucement jusqu'à s'ancrer dans son regard bleu lagon, j'esquisse un léger sourire qui s'agrandit lentement. « Pourquoi l'inverse ne marcherait pas ? » Je marque une courte pause et conclus dans un sourire plus grand : « On va faire un malheur, toi et moi. »

Elle m'a prise pour une abomination du Capitole ? Rien que ça ? J'ignore si je dois me sentir profondément vexée ou simplement en rire comme on l'aurait fait, avant. Connaissant Kathleen, j'opte immédiatement pour la seconde option. Un rire étouffé s'échappe d'entre ses lèvres et je souris aussi, parce qu'à chaque instant où elle rira, elle oubliera quelques instants la douleur lancinante d'avoir tout perdu, même sa propre vie. « Je suis sûre que les moustaches t'iraient bien. » Je m'arrête brutalement de sourire et fais la moue, celle que je fais systématiquement quand je suis vexée – même si je ne le suis pas vraiment cette fois-ci – et je la toise d'un regard neutre de bas en haut. « Pour ma part, je t'imagine déjà les cheveux bleus électriques et les lèvres botoxées. » Sur ce, je lui tire gentiment la langue, comme quand nous étions gamines. On fait vraiment la paire toutes les deux. Et je me demande comment j'ai pu tenir cinq ans, soixante mois, mille huit-cents vingt-six jours, quarante-trois mille huit-cents vingt-quatre heures... bref, autant de temps sans elle, nos discussions et nos crises de fous rire. Sauf que la présence de Kathleen me rappelle douloureusement l'absence de mes autres, ma famille entre autre. Mais l'avoir elle, à côté de moi, adoucit la souffrance. L'amitié est le meilleur remède contre tous les maux, j'en suis persuadée. D'autant plus quand on partage cette amitié avec quelqu'un comme Kathleen. La discussion dérape de nouveau jusqu'aux jeux, elle ose alors me dire qu'elle aurait du prendre ma place. J'ai beau essayé, je n'arrive pas à me rappeler de l'expression de Kathleen lorsque je suis montée sur l'estrade après que mon nom ait été tiré au sort. Durant mon court séjour au Capitole, j'avais passé le plus clair de mon temps à tenter d'oublier les réactions de mes proches, les dernières images que j'avais d'eux, je voulais ne me rappeler que des meilleurs moments, ne garder que de beaux souvenirs avant mon entrée dans l'arène, avant ma fin. J'avais passé des journées entières à oublier. Et aujourd'hui, je peux pas dire que je regrettais ça, mais que j'aurai peut-être voulu me rappeler. Je devine alors qu'elle avait du, à l'instar de maintenant, afficher un air coupable, comme si elle était responsable des résultats. Je lui dis alors la vérité : moi vivante, elle n'aurait jamais fait un pas en direction de l'estrade. Jamais. « Tu penses que je t'aurai demandé ton avis ? Sérieusement ? » Elle soupire et j'esquisse un sourire. « Dans ce cas, ils auraient du nous emmener toutes les deux. » Je ne m'imagine pas un seul instant la laisser partir, la laisser courir vers sa propre perte. Je la serre un peu plus, à peine, juste histoire de lui faire comprendre que cette conversation est complètement vaine et stérile.

Crac. Mes lambeaux de cœur qui se brisent. Boum, boum, boum. Ces mêmes lambeaux qui continuent de se battre pour survivre. Mon père est mort. Ma dernière pensée cohérente avant que je ne me mette à pleurer comme une madeleine. Je sens que Kathleen pleure aussi. Et je me trouve horrible de la laisser partager mon fardeau, ma douleur. Je me trouve ignoble de ne pas lui laisser d'autre alternative que de me consoler, alors que c'est elle qui en a besoin. Pendant toutes ces minutes passées à pleurer la mort de mon père, je n'ai plus aucune estime de moi-même. Non, toute cette même estime va pour Kathleen. Je ne l'ai jamais vue aussi forte : elle ne compatit pas, j'ai l'impression qu'elle prend un bout de ma souffrance pour m'aider à la supporter. « Il est resté fort... Il est resté fort pour tes sœurs. Ce... C'était un accident. A la chasse. Je sais pas ce qui s'est passé. » J'ignore si c'est son murmure ou la mention de mes sœurs, mais j'écarquille brutalement les yeux. Mes sœurs... Vont-elles bien ? Je sens encore les larmes dévaler mes joues. Combien de morts encore ? Combien de pertes ? Combien de deuils mes sœurs devront-elles faire avant de pouvoir goûter à un semblant de vie paisible ? Avalon, ma petite Avalon, pleure-t-elle le soir ? Et Rumer ? À cette pensée, j'ai l'impression que mon collier, celui-là même que mon aînée m'a donnée avant mon départ aux jeux, me brûle la peau. Le collier de maman. Puis celui de Rumer. Et enfin le mien. J'ai du mal à respirer, trop occupée à verser toutes les larmes de mon corps. Le plus dur à encaisser, c'est de savoir que mon père est mort pendant qu'il croyait que je l'étais aussi. Pendant cinq ans, j'ai tenu en me disant que, bientôt, j'irai retrouver les miens, que je pourrai serrer mes sœurs et mon père dans mes bras. Sauf que, non... Jamais plus je ne serrerai mon père dans mes bras. Jamais plus je ne le verrai. Parce qu'il est mort. Mort et enterré. Alors, lorsque je me sens incapable de verser une seule larme de plus, je la remercie. « Pardon. » Je fronce les sourcils lorsque je l'entends. Pardon ? Je pousse un léger soupir et, butée, je répète. « Merci, Kath. » J'ai envie de lui interdire de me contredire, parce que je ne me sens pas encore capable de répliquer, de répéter ou quoique se soit d'autre. Je ne me rends pas compte de l'égoïsme dont je fais peut-être preuve mais je lui demande de me raconter ce qu'elle a vécu depuis notre séparation. « J'ai plus personne qui m'attend là-bas... Le peu de chance que j'avais semble avoir disparu en même temps que toi. » Elle hausse les épaules, adopte une attitude nonchalante qui me déplait légèrement. J'ai envie de lui dire que ce n'est pas la peine de jouer la comédie avec moi, que je la connais trop bien pour ça. Mais je me tais. Parce que je comprends que ma douleur est atrocement futile à côté de la sienne. Plus personne... Et sa mère ? Son père ? Et Jeremiah ? Non, ils ne peuvent pas être tous morts. Non, Kathleen ne mérite pas ça. Kathleen mérite une grande et belle famille unie et soudée. Elle mérite une vie heureuse et pas une existence rythmée par la mort de ses proches. J'ai mal à la poitrine. Mal pour elle. Mal avec elle.

« Tu te souviens que ma mère était malade ? Elle pas passé l'hiver faute de médicaments. » Je me mords la lèvre et pose doucement une main sur celle de Kathleen. Sa mère ? Oh oui, je m'en souviens. Très bien même. Si j'avais eu une mère au-delà des mes ans, j'aurais voulu qu'elle soit comme celle de Kath. Une femme extraordinaire, d'après moi. « Les Jeux d'après, c'est Nolan qui a participé. Il... Il a gagné. Mais... » À ces mots, elle se mord la lèvre inférieure, si fort que je vois une tâche rougeâtre y perler. Je me souviens de Nolan. Je me souviens des sentiments qu'elle éprouvait pour lui, à l'époque. Et je crois comprendre. Personne ne sort réellement vainqueur des jeux, on laisse tous un bout de notre vie, gagnant ou perdant. On garde tous des souvenirs atroces de ces quelques journées passées là-bas. Nolan n'a certainement pas échappé à la règle : il a changé. Trop changé pour que sa relation avec Kathleen soit restée la même. « L'année d'après c'est papa qui... Ils l'ont exécutés sur la place publique. » J'ai soudainement envie de pleurer de nouveau. Je viens d'apprendre que mon père est mort, Kathleen a vécu la mort du sien. J'ai appris à vivre avec l'absence de ma mère, Kathleen l'a trop bien connue pour ne pas souffrir toutes les heures de chaque jour. Je me dis que c'est suffisamment horrible mais quand j'avise sa bouche entrouverte, je comprends que ce n'est pas fini, que le cauchemar continue, que la souffrance de Kathleen – et par conséquent la mienne – n'est pas terminée. « Et l'an dernier... Ils ont... C'est Jeremiah qui... Il a été tiré au sort. Il est parti aux Jeux sans que je puisse intervenir. » J'ai mal. Trop mal. J'aimerais tellement pouvoir lui dire que Jeremiah est ici, qu'on l'a ramené au Treize et qu'il est de nouveau vivant. Qu'elle pourra de nouveau le serrer dans ses bras parce que je vais l'appeler et qu'il va arriver dans les cinq prochaines minutes. Mais ça n'arrivera pas. Parce que je sais que Jeremiah n'est pas là. Elle soupire et je serre un peu plus sa main dans la mienne.

Puis, comme si je faisais brutalement de nouveau partie de la réalité, elle se tourne vers moi et me sourit. Je l'observe silencieusement, encore sous le choc. Je n'arrive pas à pleurer mais si je le pouvais, je verserai toutes les larmes que Kathleen garde pour elle. « Tu vois finalement j'aurai pas manqué grand chose si j'étais partie à ta place. » Son ricanement provoque un froncement de sourcils de ma part, et mon cœur se serre douloureusement. Elle essuie sa lèvre ensanglantée d'un vague revers de main tandis que je serre encore un peu plus son autre main dans la mienne. Je n'aime pas l'attendre dire ça, j'aime encore moins l'imaginer morte pendant que je serai tranquillement au District neuf, à souffrir de la perte de ma meilleure amie, mais entourée par ma famille. Je pousse un léger soupir, inutile d'essayer d'avoir le dernier mot avec elle. Mais je n'ai pas envie qu'elle culpabilise pour ça. « Ouais, mais ta famille aurait du t'enterrer. Ou du moins croire qu'ils t'avaient enterrée. Tu aurais voulu que ton frère et ton père finissent comme le mien ? » Elle a eu beau me garantir qu'il était resté fort, je connais Kathleen et j'ai toujours su voir lorsqu'elle me mentait, c'est quelque chose de rassurant de voir que ça n'a pas changé. Et puis je connais – je n'arrive pas encore à employer le passé pour parler de lui – mon père et je me doute qu'après la mort de ma mère, un second décès dans la famille a du le faire tomber dans je ne sais quel genre de dépression. La manière dont elle m'a dit qu'il est resté fort pour Rumer et Avalon, j'ai compris que c'était faux. Et ça me fait mal, parce que j'ai l'impression d'être un peu responsable de sa mort. Je n'ai aucune envie que Kathleen puisse ressentir un jour la même chose.

Brusquement, je lâche sa main. Je me lève du lit et m’accroupis face à elle. Je plante mon regard dans le sien. Je viens de remarquer quelque chose sur le visage de Kathleen, ses traits se déforment légèrement l'espace d'une seconde, ses yeux sont soudainement vitreux. J'ai l'impression que, pendant un instant, ce n'est pas Kath qui me fait face mais quelqu'un d'autre. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais je connais suffisamment ma meilleure amie pour affirmer qu'elle n'est pas elle-même. Un instant silencieuse, je pose mes deux mains sur chacune de ses jambes et je tente de chercher cette autre personne qui sommeille en elle, derrière ses iris azures. « Tu es sûre que tu n'as vraiment rien à signaler ? » Je jure voir une lueur d'hésitation illuminer son regard et je me demande si elle va enfin m'avouer la vérité. J'essaie d'arborer un sourire rassurant mais j'ignore le résultat. « Kathleen... Tu peux tout me dire, tu sais ? Comme avant... » Avant... Pourquoi tenais-je tant à ce que tout redevienne comme avant ? Parce qu'avant, la vie était simple. Simple et longue. Aujourd'hui, mes meilleurs souvenirs sont derrière moi, mes plus beaux moments sont à raconter au passé, mes rêves sont encore et toujours en rapport avec ma famille et mes amis du District neuf. Je suis chez moi, ici. Mais je continue de regretter cet avant qui m'est inaccessible depuis cinq ans. J'ai envie d'aider Kathleen à surmonter ça, qu'elle n'ait pas à le faire toute seule, contrairement à moi. Je suis chez moi, ici. J'ai envie qu'elle le soit aussi.
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:57

❝ we are alive, together, my old friend ❞


Plus je regarde Sweenage numéro deux, plus j'ai le sentiment que tout n'est pas perdu. Si elle est en vie, si elle est ici avec moi, seule, dans la même pièce, c'est qu'elle va mieux non ? Pourtant, elle me parle de crises d'hystérie lors de ses premiers jours. Premiers mois même. Mais en même temps, elle avait eu plusieurs années pour se reconstruire. Et sa vie précédente n'était pas qu'un champ de ruines comme pouvait l'être la mienne. Elle avait eu tout le temps et le loisir nécessaire pour pouvoir le faire. Enfin le loisir. C'est pas comme si se reconstruire une identité, une existence, était quelque chose de passionnant hein. « Il est inutile d'espérer Harper, je suis là. Je suis la preuve qu'il n'y a plus rien à sauver chez toi. Pas vrai ? » je me gratte l'arrière de la nuque, comme pour ignorer la nuisance sonore que semblait faire mon cerveau. « Allons allons. Je ne suis pas qu'une simple 'nuisance sonore' comme tu peux t'amuser à le penser. Je suis... Une partie de toi. Une partie intégrante de toi. Je suis celle qui veut que tu sois morte. Je suis celle qui veut sortir au grand jour. Je suis toi. Enfin, pas vraiment toi. Je suis la partie qui veut se venger. Qui veut se venger du Capitole, qui veut se venger du district treize. Celle qui veut se battre. Toi tu n'es rien. » je veux vivre. Je veux qu'on me laisse en paix. Je veux que tout ça s'arrête. « Ca ne s'arrêtera que si toi et moi on agit. Ensemble on peut le faire tu sais ? » Quoi ? Comment ça ? « On peut les berner tous. Laisse nous le temps de nous reconstruire physiquement. Laisse nous... Laisse nous le temps d'élaborer un vrai plan. Laisse moi sortir. Laisse moi prendre les rennes quelques instants. » Non. C'est toi. C'est toi qui a fait du mal à Billie. « Elle n'est qu'un obstacle à ta renaissance. Un souvenir du passé que tu te dois de laisser. Qui te dis qu'elle est réelle ? Qui te dis que ce n'est pas juste une autre 'nous' qui se fait passer pour elle ? Est-ce que tu arrives seulement à discerner le vrai du faux ? » Je sais qu'elle est réelle. Je sais qu'elle est là. Elle doit être là. « C'est bon, j'ai compris. Je m'avoue vaincue... pour cette fois. » j'ai un léger soubresaut. Je me suis de nouveau perdue dans les confins de mon crâne. Je lui adresse un très léger sourire amusé. Elle fait signe d'abdication avec ses mains. C'est amusant de voir à quel point les automatismes de nos vies passées reviennent rapidement, à quel point ils peuvent se retrouver de manière... Enfin si facilement. Je roule des yeux en soupirant légèrement. Billie sait que je suis trop têtue pour accepter ce genre de chose. On pouvait en quelques sortes parler d'une parade à mes caprices. Une parade qu'elle utilisait aussi souvent que nécessaire. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi d'ailleurs. Pour ne pas en arriver au point de me vexer ? Pour ne pas que je me sente insultée ? Ou simplement parce qu'elle était ma meilleure amie. Oui, ça devait être ça. Tout pour que je ne soit pas fâchée contre elle. « Tu devrais savoir que t'as aucune chance face à moi. » dis-je d'un air qui se voulait innocent, tout en haussant les épaules. C'est tout de même assez... Assez étrange comme sujet de plaisanterie l'air de rien. « En même temps, à quoi tu t'attendais ? Vous êtes aussi tarée l'une que l'autre. Elle le cache bien contrairement à toi. Mais n'oublie pas, elle n'est peut-être qu'un mirage. Une illusion qui disparaîtra à ton réveil. »

Pourtant elle est bien là. En face de moi. Ma Billie. Elle est là, je peux la toucher. Je sais que ce n'est pas qu'un caprice de ta part cerveau. Je sais qu'elle est là en chair et en os. Je sais que je ne... « Que tu n'es pas folle ? Voyons Kathleen, à qui tu veux faire croire ça ? Tu ne trompes personne ma grande. Pas même toi. » Non, elle n'est pas le fruit de mon imagination. Tout chez elle est vrai. Il suffit que je regarde ses yeux. Ces deux yeux bleus dans lesquels je me perds à cet instant. Ces yeux que j'avais appris à déchiffrer, dans lesquels j'avais appris à lire comme dans un livre ouvert. Ces yeux dans lesquels je pouvais discerner l'âme de mon amie. Son âme. Etait-elle toujours là ? J'étais sûre que la mienne m'avait été arrachée à l'instant même ou mon couteau s'était enfoncé dans le cou de cette gamine du district cinq. Comment s'appelait-elle d'ailleurs ? Luna ? Non. Luna était sa co-tribut. Je connaissais le prénom d'une fille que je n'avais jamais approché, mais pas celui de ma propre victime. Son visage était flou. J'avais juste tenté de l'occulter. De l'oublier. Les détails étaient partis. Pas l'acte. Pas le sang sur mes mains. Pas tout ça. Mon âme s'était scindée un peu plus à chacun de mes meurtres. Par trois fois, j'avais pris la vie. Et il était sans aucun doute impossible qu'ils aient été sauvés. J'avais éventré ce garçon du quatre. Il avait retenu ses boyaux à grand peine, et s'était écroulé dans une marre de sang. Puis Jane. Ah, cette garce qui avait... Qui avait insulté la mémoire de Jeremiah le premier jour d’entraînement. Une mort sale si on pouvait dire. D'ailleurs, je retrouvais de nouveau le goût de son sang dans ma bouche. Le même goût métallique qui m'avait poursuivie durant tous mes jeux. « Idiote, c'est ton propre sang. » Ah oui. Je viens de me mordre l'intérieur de la joue. Je suis une idiote. « Les mecs avec des cicatrices plaisent aux femmes. » je fais mine de réfléchir. C'est vrai que ça donne un côté attirant. Un peu sauvage et inaccessible. Et puis, ils aiment se pavaner en racontant comment ils se sont fait telle ou telle blessure si ça peu impressionner un temps soit peu. « Tu pourras te pavaner aussi en racontant ton histoire. » Je soupire. J'ai tellement de cicatrices sur le corps, qu'il serait impossible d'en faire une revue détaillée. La plus importante restant celle à mon épaule. Un moment d'inattention et hop. La voilà dans la gueule d'un couguar prêt à l'arracher. Si mon père n'avait pas été là, j'aurai perdu mon bras, et sans aucun doute la vie par la même occasion. Mais maintenant, j'avais celle à ma poitrine. Une marque sur mon corps que je risquais de cacher comme une chose honteuse. Une preuve de mon échec. « Pourquoi l'inverse ne marcherait pas ? » je devais bien avouer que j'avais un peu de mal à la suivre dans l'immédiat. Je fronçais les sourcils d'un air intrigué, avant de finalement comprendre ce qu'elle voulait dire. Damn cerveau en panne. Je ricane en secouant la tête. J'avais oublié à quel point elle pouvait dire n'importe quoi parfois. « On va faire un malheur, toi et moi. » je roule des yeux en affichant une moue amusée. « Vous autres les folles, vous êtes vraiment bizarres. Je crois que je vous comprendrai jamais. » je hausse les épaules avant d'ajouter ; « Comme toujours voyons. » comme s'il s'agissait là d'une évidence. Je me souviens à quel point certains garçons pouvaient être collants avec nous quand nous étions encore au neuf. Certes, nous étions loin d'être les plus attirantes et les plus populaires, mais ensemble nous avions toujours eu notre petit effet. Il y avait par exemple ce Loa-Skann qui était toujours à nous épier avec son air de fouine. Je ne pouvais pas l'encadrer ce type, une chance pour lui que je sois... Morte.

Quelle petite fille n'avait jamais été émerveillée par les dames et leurs parures du Capitole ? Durant notre enfance, avec Billie, on pouvait s'amuser des heures entières à imaginer quelles horreurs on pourrait voir à la télé lors de la diffusion des Jeux. C'était d'ailleurs la seule partie marrante à voir. Les affreux du Capitole. Parfois on jouait même à faire semblant qu'on était des gens de là-bas. Un peu de suie ou de boue sur le visage pour signifier qu'on était maquillées, et le tour était joué. « Pour ma part, je t'imagine déjà les cheveux bleus électriques et les lèvres botoxées. » je la regarde avec de grands yeux, l'air choquée. Je grimace en secouant la tête. « Mon dieu... Tu sais que c'est presque... Non, c'est carrément blasphématoire ce que tu dis là. Je veux même plus te parler. » je lui dis en détournant la tête d'un air qui se voulait outré. Mais ce sourire en coin cassait tout mon effet.

« Dans ce cas, ils auraient du nous emmener toutes les deux. » je roule des yeux en posant la tête sur son épaule. J'ai besoin de la savoir là. Réelle. Je savais qu'elle n'était pas qu'une illusion. Il me fallait quelque chose de bon, de vrai auquel je pourrai me raccrocher. Billie était cette personne. « T'es vraiment bornée. » dixit celle qui ne veut pas non plus accepter le fait d'avoir tort. Je souriais légèrement tandis qu'elle m'enlaçait. Si seulement je n'avais plus à la lâcher. Si seulement sa famille était là pour elle. Si seulement la mienne était là également. Si seulement ces maudits jeux n'existaient pas. Je lui parle d'eux. De ce qui est arrivé en son absence. Je la prends dans mes bras. Je pleure pour elle. Je pleure avec elle. « Merci, Kath. » je me contentais de lui rendre son étreinte. Je me contentais d'être présente pour elle. J'aurai aimé venir la voir en lui apportant de bonnes nouvelles concernant son père, ou même concernant simplement le district. « Ouais, mais ta famille aurait du t'enterrer. Ou du moins croire qu'ils t'avaient enterrée. Tu aurais voulu que ton frère et ton père finissent comme le mien ? » je secouais la tête. Non bien sûr que non. Personne ne voudrait ça. « Non... Remarque, la seule chose de positive là dedans, c'est que mes parents n'ont pas eu à enterrer leurs enfants. »

« Tu es sûre que tu n'as vraiment rien à signaler ? » je la fixe, légèrement embarrassée par sa question. Je ne veux pas lui parler de l'autre qui squatte ma tête, mais je ne veux pas non plus lui cacher. Je me mords la lèvre inférieure, feignant un sourire. « Non. Rien. » je lui dis en secouant négativement la tête, essayant vainement de la convaincre. « Qui est-ce que tu crois tromper comme ça ? Tu n'y crois même pas toi même. Tu peux lui parler de moi tu sais ? Enfin de nous. On est une équipe maintenant. Laisse moi lui parler. Laisse moi lui dire pour nous. » Je lance un regard presque apeuré à Billie, soudain consciente que mon... Mon autre moi voulait prendre le contrôle, qu'elle voulait peut-être faire du mal à mon amie, comme la première fois. J'inspirais de plus en plus fort, effrayée par la simple idée que nous pouvions de nouveau la blesser. J'avais toujours ces images en tête. Je revoyais soudainement mes mains autour de son cou délicat, serrant de plus en plus au fil des secondes, cherchant à arrêter le souffle de la jeune fille d'arriver jusqu'à ses poumons. Je secouais la tête, priant de toutes mes forces pour qu'elle arrête. Cette partie sombre de ma personne allait réagir. Je m'y attendais. J'essayais de la retenir, mais c'était peine perdue. Moi, je commençais à fatiguer, et elle allait en profiter. « Je ne suis pas qu'une simple partie sombre. Je suis toi, tâche de ne pas l'oublier. » qu'elle me laisse en paix. « Kathleen... Tu peux tout me dire, tu sais ? Comme avant... » pourquoi tu insistes Billie ? Pourquoi tu veux que je te parle de ce qui ne va pas ? Je sais que tu te préoccupes de mon sort, mais tu ne dois pas. Vraiment tu ne dois pas. Tu ne sais pas ce qu'elle veut te faire cette entité. Je la sens qui gronde au fond de moi, prête à sortir à n'importe quel instant. Je la sens qui se fait plus présente, plus pesante à chaque instant. Billie me regarde, elle essaie de capter mon regard, mais je suis loin. Si loin. Mon esprit est ailleurs, égaré dans les tréfonds de mon subconscient. ELLE prend le dessus. Malgré moi. Elle veut montrer à Billie à quel point je ne suis pas fiable, à quel point elle ne peut avoir confiance en moi. Je suis faible, tellement faible.
Voilà c'est ça Harper, relève la tête, fixe la des tes yeux vides. Affiche donc ce joli sourire narquois dont tu as le secret. C'est ça, brave fille. Ricane un coup aussi pour voir ? Génial. Tu pourrais presque avoir un diplôme d'actrice. Ou de marionnette, comme tu veux. Enfin, tu as mis le temps à me laisser prendre le dessus sur toi. Ca va devenir intéressant maintenant. Tu affiche toujours ce sourire narquois, désagréable. Billie semble étonnée par ton attitude. Normal, vous passez des pleurs de petites filles à la dure réalité. Elle ne comprend pas vraiment ce qui se passe, toi non plus d'ailleurs, mais ça fait bien longtemps que ton cerveau est sur arrêt ma pauvre. Tu retires ses mains de tes jambes en grimaçant de dégoût, tu te recules et te mets debout de l'autre côté du lit. Tu la fixe d'un air qu'on pourrait qualifier de méprisant. « Comme avant... Tu te rends compte de ce que tu dis ? » tu siffles entre tes dents. Malheureusement pour vous, tu n'es pas toi même. Tu ne sais pour ainsi dire pas ce que tu fais, et tu ne contrôle rien. Tu ne fais que subir cette perte d'identité. Le monde qui t'entoure est trop dangereux pour toi, c'est pour ça que tu te protège en te laissant dominer par moi. Je ne suis pas un démon ou je ne sais quoi, je veux juste te venir en aide Harper. Tu es folle, et tu as besoin d'aide. Mon aide. Aucune autre. Tu sais que tout le monde te veut du mal dans le fond. Enfin pas du mal à proprement parler. Ils veulent juste se servir de toi. Ils veulent t'utiliser, ils veulent que tu serve leurs intérêts, ils veulent que tu leur soit dévouée. A ton avis, pour quelle autre raison ils t'auraient sauvée ? Ils veulent conditionner ton cerveau pour se servir de toi. Oh ne t'en fais pas. Ensemble, nous ne risquons rien. Tu penches la tête sur le côté, affichant un air sournois. « Billie, Billie, Billie... Regarde cet endroit et dis moi que tout sera comme avant... Dis moi qu'on pourra de nouveau parler du vieux voisin louche, ou de simples amourettes d'adolescentes. » tu ricanes. Vu comme elle te regarde, elle te prends pour une folle. Tu n'es pas folle. Nous sommes juste plus forte à deux. L'union fait la force comme ils disent. Tu fais le tour du lit, tu vas te planter face à la blonde, la détaillant quelques instants avec tes yeux vides. Tu capte son regard et hausse les épaules. « Regarde moi ! Regarde comme j'ai pété les plombs. Il manque quelques cases à ma grille tu vois. Tu as du t'en rendre compte. » un rire nerveux monte de ta gorge tandis que tu lui tourne le dos. Cesses de résister. Arrête de me chasser. Tu es cinglée, laisse ta folie transparaître. Montre toi sous ton vrai jour.

J'ai de nouveau les yeux en face des trous. Je suis... Je suis debout, dos à Billie, et je n'ai aucune idée de ce qu'il vient de se passer. Je respire fort, j'ai peur de me retourner. J'ai peur de voir qu'elle a fait du mal à mon amie. Je l'entends pourtant respirer. Je me retourne soudainement, les yeux écarquillés. Je cherche la moindre trace de sang, je cherche Billie. Elle est là. Elle est là devant moi. Elle n'a rien. « Voyons je ne suis pas un monstre non plus. » j'ai eu une nouvelle absence. Une absence pendant laquelle il aurait pu se passer n'importe quoi, et où je n'aurai été qu'une marionnette. Je recule, horrifiée par cette possibilité. Je me heurte au lit. Je secoue la tête, je cherche des mots. Je veux m'excuser pour ce qui a pu se passer. Je fais le tour du lit, je me réfugie dans le coin de la pièce, comme si c'était le seul endroit au monde où je pouvais parler. Nerveusement, j'entortille mes doigts, je sens les larmes monter. « Tu sais j'ai cette voix dans ma tête, parfois elle... C'est elle qui agit. Pas moi. J'ai un problème Billie. Et tu peux rien faire pour moi. » je secoue la tête, je cherche une échappatoire. Impossible d'aller où que ce soit. Je suis piégée. « Je fais tout ce que je peux. J'te jure, je fais tout pour la chasser, mais elle est là... Elle est là et elle me laissera pas. Je le sais, je pourrai jamais m'en débarrasser. » je commence à sangloter. Je suis folle et personne ne peut rien pour moi. « J'aurai pas dû être sauvée. Pas si c'est pour avoir une vie comme ça. Billie... Achève moi. J't'en supplie. Ici et maintenant. J'en peux plus. S'il te plaît. » je lui demande. Enfin non, il s'agit plus d'une supplique. Une faveur. Je me laisse glisser à même le sol, adoptant une position fœtale pour finalement ne plus bouger du tout. Je sanglote. Je suis terrifiée, je suis exténuée, je suis... C'est vraiment si difficile que ça d'être en vie ?
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MessageSujet: Re: we are alive, together, my old friend Ҩ bileen   Ven 4 Mai - 11:57



Étrange impression que de me retrouver avec Kath, juste en face de moi. Plus étrange encore lorsque je me dis que ça fait six ans que je n'ai été en contact avec aucun élément de mon passé. Encore moins avec quelqu'un de mon passé. C'est étrange, mais dans le bon sens. On plaisante toutes les deux, et j'ai l'impression que rien n'a changé, que nous sommes toujours au Neuf, assises sur son lit après une journée d'école, à rire de n'importe quoi. J'ai l'impression que rien n'a changé, que ces six longues années séparées l'une de l'autre n'ont jamais existé, que je ne suis jamais partie pour les Jeux, que je ne suis pas morte là-bas. Ma poitrine s'enfle d'un sentiment inconnu. Je n'arrive pas même à mettre un mot là-dessus. C'est juste cette idée que de savoir qu'elle me comprend et que je peux la comprendre, mieux que quiconque, que nous entretenons encore et toujours un lien, aussi horrible soit-il. Avoir passé l'arme à gauche... Autant dire que ce point commun, on aurait préféré ne pas l'avoir. Mais si ça peut me permettre de me rapprocher de nouveau de Kathleen plus rapidement, je ne cracherai pas dessus. J'ai besoin d'elle, de ses grands yeux bleus et calmes, de son sourire contagieux, de ses bras autour de moi lorsqu'il me faut du réconfort, de sa fine taille entre les miens quand elle ne va pas bien. J'ai besoin d'elle, aussi simple que ça peut paraître. Je n'ai pas besoin de sa présence à proprement parler, juste de son existence, de savoir qu'elle est là, que si ma main se tend vers elle, elle ne brassera pas que de l'air, qu'elle entrera en contact avec son corps, sa chair. J'ai beau arborer un éternel sourire depuis que je suis entrée dans cette pièce, plus le temps passe, plus la peur irrationnelle de sortir de sa chambre, puis, muée par une incertitude inexplicable, repasser la porte pour voir comment elle irait, et découvrir le lit désert, me rendre compte que ma meilleure amie n'était qu'une illusion qui aura duré quelques jours, retomber dans des crises d'hystérie parce que j'aurai de nouveau l'impression d'avoir tout perdu, de me faire avoir, de la perdre, tout simplement ; cette peur-là s'enroule lentement autour de moi, et une voix perfide que je n'entendais plus depuis des années me susurre qu'elle n'est pas vraiment en face de moi, que ce n'est qu'un rêve, un moyen comme un autre pour me faire replonger. Mais je ne laisse rien paraître : Kathleen est en proie avec ses propres démons, plus imposants, plus terrifiants, parce que plus récents. Oh, ils ne l'abandonneront pas de si tôt, ils ne l'abandonneront certainement jamais à proprement parler, mais ils seront juste moins oppressants avec le temps, plus aussi présents qu'ils ne le sont aujourd'hui. Sauf que je ne lui dis pas ça : elle n'a pas besoin d'entendre ça, elle est suffisamment paranoïaque sur les bords pour être persuadée qu'elle est fautive de tout et qu'elle mérite ce qui lui arrive, que son état ne s'améliorera jamais et que ce sera bien fait pour elle, alors mieux vaut être le plus positive possible, même si mes dires doivent ressembler à des paroles candides d'une enfant qui refuse de croire que le malheur est partout, que nous sommes tous, un jour ou l'autre, confrontés à la souffrance et que celle-ci ne nous quitte jamais, contrairement au bonheur qui nous échappe parfois un peu trop souvent. Ce n'est qu'une passade, je vais être heureuse. Je le mérite ! Pensée de plus en plus irrationnelle, surtout quand on vit dans un monde comme celui-ci. Ça pue l'injustice et la terreur. On est suffisamment brisés pour avoir à encaisser toutes ces choses. Et pourtant, le destin, sans scrupule, prend plaisir à s'acharner sur nous. On mérite d'être heureux ! Certainement. Mais qui a dit que le bonheur appartenait à ce qui le méritaient ? Injustice...

Ma voix la sort un peu trop brutalement de ses pensées. J'abdique face à elle, comme souvent. On a beau être aussi têtues l'une que l'autre, enfant, j'abandonnais bien rapidement pour passer à autre chose, pour ne pas me disputer avec elle, pour ne pas la perdre, ne serait-ce qu'un instant. Un léger sourire amusé étire doucement ses lèvres, et comme depuis que nous nous sommes enfin retrouvées, je suis fière – à peine – d'être capable de la faire sourire, d'autant plus quand je me dis qu'elle n'a pas du beaucoup rire depuis quelques temps. Depuis que son nom a malencontreusement été pioché. Un billet pour les Hunger Games. Un aller-simple. Pour la mort. Et pourtant, bien que je sache pertinemment que, l'une comme l'autre, on a grandit un peu trop, un peu trop vite, j'ai la fâcheuse manie de nous voir gamines, du haut de nos dix ans fraichement passés, surtout lorsqu'elle roule des yeux et lâche un léger soupir. Je vois sa bouche s'entrouvrir et je devine qu'elle va me dire quelque chose du genre que c'était peine perdue. « Tu devrais savoir que t'as aucune chance face à moi. » Elle hausse les épaules et je retiens difficilement le fou rire qui me chatouille la gorge, histoire de ne pas lui piquer un peu trop son orgueil. Je n'arrive pourtant pas à me démunir de mon grand sourire et je sens mes yeux se plisser légèrement, rieurs. Soudain, elle plante son regard dans le mien. Un peu trop longtemps, un peu trop intensément. Je ne suis pas vraiment préparée à l'impact du bleu de ses yeux qui me propulse en quelques secondes au District neuf, à la maison. J'aime son regard, quelque chose de familier dans un monde encore étranger, malgré les six années passées ici, malgré ce sentiment d'être chez soi, ici aussi. Moi, paradoxale ? Ja-mais. Je suis perdue dans l'azur de ses iris et c'est comme si je pouvais lire tous les sentiments, les pensées qui peuvent les traverser. Un bref instant, seulement. Parce que, j'ai beau vouloir me persuader du contraire, Kathleen est quelque peu insaisissable, pour l'instant. Hors de portée. Sous le choc.

Je sors une légère plaisanterie à propos de nos cicatrices et du potentiel succès qu'elles pourraient nous donner. Dans un premier temps, Kathleen ricane tout en secouant la tête, puis roule des yeux, cependant amusée. Elle hausse les épaules. « Comme toujours voyons. » Je lâche un léger rire. C'est bon de parler du passé. Des souvenirs bien précis vrillent ma mémoire, quelque chose qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Je me rappelle du groupe de garçons de notre âge qui se prenaient pour les caïds du Neuf mais se pliaient en quatre pour nous. Je n'ai jamais aimé voir quelqu'un se soumettre totalement, mais il faut avouer que c'est toujours bon pour l'ego de se sentir désirée, même quand on a tout juste sept-huit ans. Je me souviens plus particulièrement d'un garçon, au nez à l'air écrasé et aux petits yeux de fouine que Kath n'avait jamais supporté. Il suffisait d'ailleurs qu'il entre de son champ de vision pour qu'elle commence à voir rouge. Moi, je m'en fichais un peu. Même si j'ai toujours eu un caractère bien trempé, à côté de Kathleen, j'avais l'air d'un petit angelot blond. Celle qui faisait des concessions, qui daignait jeter quelques regards plus ou moins aimables aux enfants qui nous collaient un peu trop, Kathleen a toujours été quelqu'un d'entier, à ne jamais se cacher derrière un masque d'hypocrisie et des sourires tous plus faux les uns que les autres, du moins, c'est comme ça que je me souviens d'elle. J'arque un sourcil tandis qu'un sourire gentiment moqueur ourle mes lèvres. « Tiens, en parlant de ça, comment va, je cherche son nom quelques instants, Loa-Skann ? Si je me souviens bien, il était littéralement fou de toi. La dernière fois que je l'ai vu, il avait la tête entre les épaules, pendant que tu poussais une gueulante... » Je ne me souviens plus vraiment de la raison de la colère momentanée de mon amie à ce moment-là. Je dois bien avouer que cette « sale fouine » comme elle se plaisait à l'appeler, n'avait jamais su éveiller un soupçon de douceur ou d'amabilité chez elle. J'aimerais me jeter sur le lit, m'assoir en tailleur et lui demander, des étoiles pleins les yeux, tous les détails à propos de sa vie sentimentale depuis ces six dernières années, à la manière de notre enfance, logées sur mon lit, à tout se raconter, à proprement des garçons ou autres sujets super intéressants pour deux gamines de tout juste douze ans. Mais je sais qu'en mettant ce sujet-là sur le tapis, ça impliquera forcément Nolan. Et je me doute que ce soit un sujet à aborder pour l'instant puisque, comme elle me l'a dit tout à l'heure, ce-dernier a changé. Et certainement pas dans le bon sens du terme.

Enfants, on se moquait des gens du Capitole, en tentant d'imiter leurs manières, leurs tenues exubérantes et leur snobisme insupportable. On s'amusait parfois à s'imaginer vêtues à la manière de ces gens détestables, on prenait plaisir à conférer à l'autre les dernières abominations « à la mode ». À se taquiner en décrivant l'autre dotée de cheveux oranges vifs, de moustaches de chat et avec une peau exagérément tirée pour donner l'illusion d'être encore jeune, d'après eux. Alors, ce n'était que la naturelle suite de nos anciens jeux d'enfants, de nos anciennes conversations. Je lui réplique alors que les cheveux teints en bleu, et elle me regarde choquée, les yeux presque exorbités, puis grimace. Je lève légèrement les yeux au ciel, un petit sourire aux lèvres. « Mon dieu... Tu sais que c'est presque... Non, c'est carrément blasphématoire ce que tu dis là. Je veux même plus te parler. » Elle détourne la tête mais un sourire en coin persistait sur ses lèvres. « T'as toujours été une mauvaise actrice, Kath. » Et je tire la langue, dans un autre élan enfantin, l'air gamin mais je m'en fiche parce que je me sens bien. Et puis, on parle de l'année où j'ai été moissonnée, de ses remords à ce propos et butée comme on l'est, on refuse obstinément de laisser l'autre avoir le dernier mot. Elle pose sa tête sur mon épaule, c'est un geste totalement anodin pour deux personnes qui se connaissent pour ainsi dire par cœur, mais c'est aussi comme un pas énorme quand on sait d'où on vient, elle et moi. « T'es vraiment bornée. » Je souris, mais elle ne peut pas le voir. « J'ai eu la meilleure comme prof. » J'aurai aussi bien pu ajouter que, venant d'elle, ça ne voulait pas dire grand chose vu comme elle peut être têtue, mais ça, elle le sait trop bien pour que j'aie à le lui rappeler.

Et puis, notre petite bulle de bonheur, celle qui nous a tenu à l'écart du reste du monde pendant tout ce temps, éclate. Ça fait mal. Mal d'être de nouveau confrontée à la dure réalité alors qu'on était bien confinées dans notre petite bulle, à l'abri de notre lot de souffrances. Mais une bulle, ça éclate. C'est trop fragile pour tenir. Ça ne tient qu'une poignée de secondes. Je lui dis de ne rien regretter, parce qu'elle n'a pas besoin de ça, en plus. « Non... Remarque, la seule chose de positive là dedans, c'est que mes parents n'ont pas eu à enterrer leurs enfants. » J'esquisse un sourire un brin forcé : ça me rappelle que mon père, lui, a du enterrer une de ses filles – moi – et qu'il ne s'en est jamais remis. L'état de Kathleen me fait peur : parce que c'est ma meilleure amie, et que je l'adore tout simplement mais aussi en partie parce que je sais ce qu'elle a traversé depuis la dernière fois qu'on s'est vues et, j'ai peur que mes sœurs soient aussi désorientées, à toujours se désigner comme coupable de tout et n'importe quoi. J'ai envie de voir Rumer et Avalon. De les serrer dans mes bras, comme je l'ai fait avec Kath quelques minutes plus tôt. J'ai envie qu'elle sache que je suis en vie et que, même si elles me manquent atrocement, je suis bien, ici, au Treize.

Et, brusquement, une perfide intuition s'ancre dans mon esprit : Kathleen est bizarre. L'air parfois absente, elle en est presque méconnaissable pendant une poignée de secondes, jusqu'à redevenir la fille que j'ai toujours connu. Depuis six ans que je vis au District treize, j'ai vu pas mal de cas particuliers, des tributs ramenés à la vie, perturbés de devoir recommencer une nouvelle vie, loin des leurs, de leur passé, et de ce qu'ils ont été. Mais, jamais je n'ai eu cette sensation de voir quelqu'un. Alors, muée par une inquiétude que j'espère totalement insipide, je lui demande si elle n'a vraiment rien à signaler. « Non. Rien. » Sur ces mots, elle m'offre un sourire un peu trop crispé à mon goût, elle secoue doucement la tête de gauche à droite et je me retiens de hocher la mienne positivement. « Je te l'ai dit : mauvaise actrice. » À mon tour, je feins un sourire bienveillant, mais je crois qu'avec l'inquiétude, le résultat ressemble plus à un rictus tremblotant. Comme pour attester mes dires, ses pupilles se dilatent légèrement, ses yeux dans le vague, et elle semble dans un dilemme intérieur. Puis, une seconde plus tard, elle me regarde, presque apeurée. Et j'ai peur. Pas pour moi : la dernière fois, elle m'a eu par surprise, mais pour elle. Elle que je voudrais protéger de tout parce que je n'ai rien pu faire depuis que je suis... morte. Sa respiration se fait saccadée, plus forte aussi et, silencieusement, je calque mes battements de cœur sur les siens. Elle secoue la tête, plus brutalement que tout à l'heure, et je comprends que oui, il y a vraiment quelque chose qui cloche. Je veux qu'elle me parle, qu'elle n'ait pas de secret pour moi parce que notre amitié a toujours été basée sur une confiance hors norme. Dis-moi tout, Kathleen. Fais-moi confiance... Mon regard est ancré dans le sien, et pourtant, j'ai l'impression qu'elle ne me voit pas, que je n'existe pas. C'est étrange... Un nouveau mauvais pressentiment, comme d'apprendre que cette fille face à moi n'est pas vraiment Kathleen, qu'on va me l'arracher à peine retrouvée. Et, si ça venait à arriver, je crois que je retomberai dans le même état qu'au tout début. Je n'ai pas envie : les crises d'hystérie, les insomnies, j'ai déjà donné. Trop donné. Kath, reste avec moi... Elle relève la tête – je n'avais pas même remarqué qu'elle l'avait baissée d'ailleurs – et, quand je croise ses yeux, je retiens un hoquet de surprise : ce ne sont pas les yeux de Kathleen. Les siens, je les reconnaitrais entre mille, et ce ne sont pas les siens. Ses lèvres s'étirent lentement en un sourire narquois qui me ferait presque froid dans le dos et puis, elle ricane. C'est une inconnue devant moi. Je serre un peu son pantalon entre mes doigts, toujours posés sur ses jambes. Je ne peux pas masquer mon étonnement ou mon mal-être. Une fois, j'ai été confrontée à une trentenaire schizophrène... Subitement, je ne peux m'empêcher d'établir un parallèle entre cette femme et Kathleen. Et si elle était... Oh, mon, dieu. J'ai peur. Et, cette fois-ci, je ne saurai dire pour qui j'ai peur. Pour nous deux, peut-être. Pour moi, un peu. Pour elle, certainement. Pour notre amitié, sans aucun doute. Car, si je n'arrive plus à la reconnaître, si je ne peux plus lui faire autant confiance qu'avant, si je dois toujours craindre le moment fatidique où cette autre prendra le pas sur elle, je n'arriverai pas à rester toujours aussi proche d'elle. Et pourtant, je l'aime. Comme une troisième sœur. Ma jumelle. Ma moitié. Ma meilleure amie... Je ne veux pas la perdre. Elle retire mes mains de ses jambes, sans aucun ménagement, elle se recule et se met debout, de l'autre côté du lit, comme si elle avait peur que je la contamine de je-ne-sais quelle horrible maladie. Comme si... Comme si... Comme si je la répugnais. Je fronce les sourcils et l'observe, silencieuse, aux aguets du moindre signe confirmant cette horrible hypothèse. Elle me fixe, méprisante et mauvaise.

« Comme avant... Tu te rends compte de ce que tu dis ? » Même si je sais qu'elle n'est pas vraiment elle-même, ça me fait mal de l'entendre parler comme ça. On se connait depuis longtemps, depuis qu'on est en couches-culotte pour ainsi dire, et jamais, ô grand jamais, on ne s'est mal parlées. On s'est disputées peut-être deux ou trois fois, pour rien du tout, mais on n'a jamais tenu plus de trois jours loin l'une de l'autre. Alors, même si ce n'est pas vraiment Kathleen face à moi, j'ai l'impression que quelque chose s'est brisé entre nous, là, maintenant. Et je m'en veux de ressentir ça alors qu'elle n'est en rien responsable de ces mots qu'elle siffle méchamment, cherchant à me faire mal, sans aucun doute, et réussissant avec brio. Elle penche la tête sur le côté, me regarde, une lueur malsaine brillant dans ses iris azures. « Billie, Billie, Billie... Regarde cet endroit et dis moi que tout sera comme avant... Dis moi qu'on pourra de nouveau parler du vieux voisin louche, ou de simples amourettes d'adolescentes. » J'écarquille les yeux, sous le choc. Je n'étais pas naïve au point de croire qu'on aurait pu tout faire comme avant, qu'on aurait pu se contenter de jouer à celles qui fermaient les yeux sur la réalité, que, comme durant notre enfance, on aurait jouer un autre rôle que le notre pendant quelques heures. Mais, j'avais osé croire que notre amitié serait une douce accalmie après avoir passer une longue journée, nous enfermer de nouveau dans notre petite bulle, quelques instants, et, sans tout oublier, reléguer tous nos malheurs au second plan, panser nos blessures, être nous-mêmes, celles que nous avons été, dans une autre vie – la notre –. Mais, l'image de Kathleen, les yeux injectés de sang, les mains serrant mon cou, un sourire diabolique aux lèvres, me laisse comprendre que ça ne pourra plus jamais arriver : nous deux, assises sur un lit, à parler de tout et n'importe quoi, un rire pour un rien, à se serrer dans les bras au premier chagrin aussi insignifiant soit-il. Elle n'est pas folle, je pense pour me convaincre moi-même. Elle n'est pas folle, elle a seulement besoin d'aide. Besoin de moi. Elle fait le tour du lit et ne s'arrête qu'une fois arrivée face à moi, elle hausse les épaules quand j'ose enfin la regarder dans les yeux. « Regarde moi ! Regarde comme j'ai pété les plombs. Il manque quelques cases à ma grille tu vois. Tu as du t'en rendre compte. » Elle lâche un rire nerveux, me tournant le dos, et je me lève brutalement du lit, esquisse un pas dans sa direction mais m'arrête à quelques centimètres d'elle. Je n'ose pas encore la toucher, par peur qu'elle se retourne et que tout reprenne comme la dernière fois. Moi, prise au dépourvu, elle, prête à me tuer. Parce que, je le sais pertinemment, j'aurai beau être peut-être capable de me dégager de son emprise, je n'arriverai jamais à lui faire du mal. C'est idiot : surtout quand on sait que ce n'est pas vraiment Kathleen, juste une autre qui prend sa place, par intermittence, et que cette autre ne cherche qu'à me tuer. Pourquoi ? Je n'ai pas à me poser la question bien longtemps. Mais je doute de la réponse. Pourquoi, moi ? Pourquoi vouloir me tuer, moi, plutôt que n'importe qui d'autre, si ce n'est pour la faire culpabiliser davantage que pour un inconnu. J'ai mal.

Un bref instant, je vois ses épaules s'affaisser, sa tête se pencher légèrement, ses jambes avoir du mal à la maintenir debout. Puis elle se redresse. Et je crois comprendre que là, cette fille qui me tourne le dos, c'est Kath, ma meilleure amie, ma sœur, et pas cette autre qui ne cherche qu'à m’annihiler. Ma respiration est saccadée, bruyante, et je la vois se tendre à l'extrême, sans doute apeurée par cette perte d'identité. Garde-t-elle un quelconque souvenir de ce qui vient de se passer, pendant que l'autre a pris possession de son corps, d'elle tout entière, pendant qu'elle me l'a arrachée ? Soudainement, elle se retourne, les yeux grands ouverts par l'appréhension de découvrir quelle obscénité l'autre aura pu me faire. J'esquisse un piètre sourire, comme pour la rassurer, lui montrer que je vais bien, qu'elle ne m'a rien fait. Pas cette fois, me souffle perfidement mon subconscient. Sauf que je ne veux pas d'autres fois, celle-là m'a suffit. Amplement. Laisse Kathleen, laisse-la moi, j'ai besoin d'elle, elle a besoin de moi. Comme lorsqu'elle avait perdu le contrôle, elle se recule, la mine horrifiée, se heurte au lit, secoue la tête, entrouvre la bouche mais aucun son ne sort. Je ne sais pas si c'est une bonne chose. Elle fait le tour du lit, met encore une fois de l'écart entre nous. Je fronce les sourcils. Je n'aime pas ce comportement. Elle se recule jusqu'au coin de la pièce, cachée dans l'ombre des murs, loin de moi, de ce moment dont elle ne garde aucun souvenir, contrairement à moi qui ne pourra jamais oublier ce visage aux traits si durs, ce regard si froid, ce sourire si malsain. De prédatrice, elle passe à une victime effrayée. Elle entortille ses doigts sous mon regard quelque peu absent, signe d'une extrême nervosité chez elle, du moins, avant. Malgré la distance, je crois voir ses yeux s'embuer des larmes qu'elle retient. Pas devant moi, Kath. Tu sais que je ne te jugerai pas. Que tu peux laisser libre court à tes émotions. Parce que je suis ta meilleure amie. « Tu sais j'ai cette voix dans ma tête, parfois elle... C'est elle qui agit. Pas moi. J'ai un problème Billie. Et tu peux rien faire pour moi. » Elle secoue doucement la tête, et son regard fouille la pièce, à la recherche de quelque chose. « Je fais tout ce que je peux. J'te jure, je fais tout pour la chasser, mais elle est là... Elle est là et elle me laissera pas. Je le sais, je pourrai jamais m'en débarrasser. » Elle sanglote, je fais un pas vers elle mais m'arrête, retenue par je-ne-sais quoi. La peur ? Jamais ! La méfiance ? Plutôt mourir que me méfier d'elle. « J'aurai pas dû être sauvée. Pas si c'est pour avoir une vie comme ça. Billie... Achève moi. J't'en supplie. Ici et maintenant. J'en peux plus. S'il te plaît. » Je la regarde, sévèrement, comme je regarde les enfants du Treize quand ils commettent une grosse bêtise. Je n'aime pas la regarder comme ça. Elle se laisse glisser au sol, en position fœtale et n'esquisse plus un seul geste, immobile dans son chagrin. Dans sa peur. Dans sa... folie ?

À mon tour, je me laisse glisser le long du lit derrière moi, je penche ma tête en arrière qui vient se poser sur le matelas inconfortable de la chambre. Je regarde le plafond, en pleine réflexion. Elle est schizophrène, je ne vois que cette option. Et, même si ça peut faire peur, je sais qu'il existe un traitement, qu'il lui suffirait de le prendre à durée fréquente, et elle serait... normale. Non, Kath est normale, avec ou sans cette autre qui pullule dans son esprit. Avec le traitement, elle en sera juste débarrassée. Comme si l'autre était endormie, pour toujours. Mais, dans son état, elle refusera. Elle veut mourir. Elle veut que, moi, je lui donne la mort. Me demander ça, à moi ? Aux Hunger Games, je n'ai jamais tué qui que se soit, même si c'était ce qu'on me demandait pour rester en vie. Alors, jamais de ma vie je ne porterai la main sur un être humain. Encore moins sur quelqu'un d'aussi précieux à mes yeux que Kathleen. Je ferme les yeux un bref instant. « Tu sais que je ne tuerai jamais. » J'ai mal de lui dire ça, c'est la seule chose qu'elle m'a jamais demandée depuis six ans. Je garde les yeux fermés, la tête inclinée vers le plafond, encore incapable de la regarder, de voir dans quel état elle peut être. Pas maintenant. Je pousse un bref soupir. Je dois lui dire. « Je t'ai parlée des crises d'hystérie et des nuits d'insomnie mais, je marque une courte pause, il y a autre chose. J'ai... » Je n'ai jamais dit ça à qui que se soit. Je ne l'ai jamais dit à voix haute. J'ai peur d'être prise pour une folle, dans le cas contraire. Ma voix meurt dans ma gorge. Cinq minutes – peut-être même dix – s'écoulent dans un silence de mort, les sanglots étouffés de Kathleen mis à part. Puis je continue, d'une voix monocorde, morne récitation : « J'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre. Je veux dire : je ressemble à Billie, j'ai ses souvenirs, les mêmes goûts, le même caractère à peu de choses près, j'aime les personnes qu'elle a aimé autrefois, tout ça, c'est pareil pour Billie comme pour moi. Mais... mais j'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre, de ne pas être Billie Honor Sweenage... parce qu'elle est morte, tu vois ? Je veux dire, je ne peux pas dire que je suis morte, parce que sinon, je ne serai pas là pour le dire. Alors, je crois que je ne suis pas Billie, juste quelqu'un d'autre. Une autre fille. » Ma déclaration n'a rien de naturelle, et pourtant, il n'y a rien de plus vrai. Je ne suis pas Billie. Billie est morte, il y a six ans. Mais alors... Kathleen n'est pas Kathleen ? Une migraine m'assaille. Mes paupières closes se plissent dans une grimace d'impuissance totale. Je me tais, lui laisse le temps d'assimiler tout ce que je viens de dire. Peut-être qu'elle ne voudra plus m'approcher, parce que je crois ne pas être Billie et alors, elle croira la même chose et me prendra pour une de ces inconnues du Treize qui ne lui inspirera rien, si ce n'est une légère indifférence teintée de mépris. « Je suis la première à avoir été ramenée en vie, je te l'ai dit, non ? Alors, pour fêter leur réussite, le Treize m'a affublée de nombreux surnoms : la Survivante, mais ça ne me plaisait pas, du tout. Parce que je n'ai survécu à rien. Billie est morte. Je suis là. Mais, il y a un médecin, il m'appelait Again, et le surnom est restée. Ici, Billie Sweenage est morte, tu sais. Ici, il n'y a qu'Again, la guérisseuse aspirante, l'ancienne tribut, la première réussite des rebelles infiltrés. Je suis Again. Juste Again. Mais je crois que je suis aussi un peu Billie. Tu vois, Kath, t'es pas plus folle qu'une autre... » J'ouvre les yeux et me relève doucement, m'appuyant sur le sol avec ma main gauche, me hissant lentement sur mes pieds. J'amorce un pas vers elle, puis deux, et trois. Elle n'a pas bougé, si ce n'est qu'elle a l'air moins tendue sur elle-même. Tant mieux. Je m'accroupis à côté d'elle, caresse doucement ses cheveux bruns, comme je l'aurai fait au Neuf, à seulement treize ans. « Tu as besoin d'aide, Kath. Je veux t'aider. Rectification : je vais t'aider. Il te suffirait de prendre un traitement. Et la voix dans ta tête se taira d'elle-même, il n'y aura plus que la tienne. Tu n'auras plus jamais peur qu'elle fasse quelque chose de mal, parce qu'elle n'existera plus. Grâce aux médicaments. Je vais personnellement m'occuper de toi. Je te jure, Kath. Tu n'as plus rien à craindre. Tu te souviens ? Ensemble, on est invincibles... » Promesse de deux gamines qui ne savent pas encore ce qui les attendent dans leur sombre avenir. Promesse réitérée entre deux écorchées vives qui ne demandent qu'à panser leurs blessures. L'union fait la force. Et, je le sais, on peut s'entraider. Et s'en sortir. À nous deux, on vaincra l'autre.
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